La légende du Jeu du Tao

La Légende du Jeu du Tao
Inspirée par des sages à Daniel Boublil lors d’un voyage en Asie, au début des années 80, le Jeu du Tao ne serait en réalité que la version contemporaine d’un « jeu des jeux », aussi ancien que les cultures humaines. C’est la raison pour laquelle le livre du Jeu du Tao commence par la légende suivante…
{« Tu as dormi pendant des siècles innombrables ce matin, ne veux-tu point te réveiller ? »}

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres que l’on appelle communément des hommes domestiquèrent le feu. Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges : ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modèles de cette communication futle jeu, grand pacificateur des pulsions animales. Jeux de grimaces, de gestes, de sons, d’attitudes, se terminaient souvent par des explosions de joie.

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Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations : la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde, et de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie. Ainsi, la première question fut posée : Que cherches-tu ?

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Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent un jour pouvoir l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant des questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient les ordonner, que ce même principe d’une cohérence dynamique leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

Pour survivre, l’homme, à l’instar de toutes les espèces vivantes qui l’avaient précédé, venait de découvrir le principe de coopération. Celui-ci éveilla sa conscience d’une lumière nouvelle. Le Jeu des Jeux était né. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

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L’hypothèse du Jeu premier

Nul ne connaît le Jeu des Jeux originel, mais cet art du questionnement mutuel, dès sa forme la moins élaborée, comportait à l’évidence un certain nombre de pré-requis. Un tel échange exigeait en premier lieu du courage, car il en faut pour se soumettre au feu des questions.

Il demandait aussi, pour aboutir, de la bienveillance, de l’écoute active, de la clarté et une liberté de parole. Par ces qualités, l’homme apprit à se servir du miroir des autres pour se défaire de ses illusions et préjugés. Il découvrit comment se mettre à l’écoute d’autrui pour échanger savoir-faire et intuitions. Pour assurer le bon emploi des connaissances, le déclenchement de la joie, car le rire et les embrassades, était considérée comme le critère suprême.

La maîtrise de cet art ne fut pourtant pas acquise sans effort, ni accordée au premier venu.

Si tous les peuples connurent la pratique du questionnement éclairé, seuls quelques êtres s’y adonnèrent vraiment. Et si certains exercices ont subsisté, transmis de maîtres à disciples, il sont restés “solis sacerdotibus”, réservés aux initiés, généralement à travers des jeux d’initiation labyrinthiques. Voilà pourquoi la plupart de ces pratiques s’éteignirent. Au lieu de se soumettre au principe du questionnement vivant, les hommes, avec le temps, adoptèrent comme réponses des dogmes. Bientôt, ces dogmes supprimèrent tout bonnement les questions, s’efforçant de figer l’inaccessible et mouvante vérité dans les réponses définitives de grands textes infaillibles.

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Un mystère entoure pourtant ces textes sacrés, un peu comme une malédiction. Aucun des ouvrages censés nous les transmettre n’existe dans sa version originale. Tous, avec le temps, ont été modifiés. La pratique des maîtres qui les avaient inspirés a disparu. Ainsi, tenu secret ou banni, le Jeu des Jeux devint invisible et s’enfonça peu à peu dans l’oubli. Ici ou là, de temps à autre, l’hypothèse du jeu premier ressurgissait, sous forme de contes ou d’histoires populaires au sein desquels les bribes d’un jeu semblaient dissimulées, prenant l’aspect d’une quête imposée à un héros, dont le sort dépendait de sa façon de répondre à certaines questions. Mais l’homme vivait désormais dans l’ère des doctrines : comment imaginer qu’un jeu, une simple pratique ludique, puisse aider à vivre et à penser sans faire appel à une idéologie ? Seule, comme un espoir, sa Légende perdurait, fragmentée … Ce n’est que bien plus tard, lors de périodes de troubles, que le désir partagé de retrouver ces pratiques originales émergea à différents endroits de la planète, motivé par les sciences ou par des découvertes sur le passé le plus lointain de l’humanité.

Le sceau chinois
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Il ne fait guère de doute que le Jeu des Jeux inspira directement la mise en forme, il y a 2 500 ans, de l’initiation réservée aux chefs religieux et séculiers des pays d’Extrême-Orient. Cette initiation visait à apporter bonheur et sagesse, ce qui signifiait, pour tout dirigeant (de soi-même ou des autres) : trouver l’harmonie entre son intention, ses actions, les circonstances et le résultat. L’enseignement reposait sur la pratique quotidienne d’un questionnement menant à la connaissance de soi, sur l’apprentissage des principes Yin et Yang qui animent l’univers, sur l’étude du Classique des Changements qui explique le déroulement de leurs interactions, sur la lecture des signes et des coïncidences. Cette pratique traversa toute l’histoire de Chine, jusqu’aux trois maîtres-questionneurs, qui initiaient les jeunes candidats aux examens impériaux. Fondé sur le concept de cheminement, de voie (tao en chinois), le Jeu des Jeux devint “Art du Tao”.

De cette lointaine origine, le Jeu du Tao tire son nom historique, mais par un pied-de-nez que nous découvriront, enrichi d’apports venus de bien d’autres horizons. La trace chinoise était néanmoins puissante. L’art du Tao comportait notamment un certain nombre d’étapes, qu’il était nécessaire de franchir avant pour devenir un maître.

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Chaque étape induisait un changement intérieur, un nouveau niveau de conscience à atteindre. Avec le temps, précédant les arts martiaux et le jeu de go, chaque succès dans cette ascension fut récompensé par un grade appelé kiu, ou dan, selon le niveau, du dixième kiu de l’apprenti au premier dan du maître. Seul un maître pouvait initier un prince. Des traces de cette hiérarchie subsistèrent des siècles durant, dans les grades des bureaucraties impériales chinoise et mongole .

Résultat d’un vaste processus de décantation et d’affinage qui se poursuivit en continu depuis l’origine, cet enseignement ouvrait les portes de la perception du visible et de l’invisible, mais aussi celles d’un mode d’échange et de dialogue idéal pour mieux se comprendre et coopérer. Sa pratique permettait de gérer de manière plus efficace la réalité quotidienne, de trouver en soi les qualités disponibles pour remplir sa tâche au-delà de ses seuls intérêts personnels et conséquemment, servant les autres, de vivre dans la joie, seule manifestation de la sagesse aux yeux des maîtres.

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L’art du Tao devint explicitement un jeu à l’époque des Royaumes Combattants, qui marqua le déclin de la dynastie des Zhou, au quatrième siècle avant notre ère. Tant de troubles accompagnaient la décadence ! Les sages qui initiaient les princes, lassés de voir leurs enseignements négligés, se mirent à craindre pour leur propre avenir, l’une des pratiques usuelles des royaumes ennemis étant d’anéantir les porteurs de sagesse du clan adverse. Sentant la civilisation décliner, ils se réunirent en secret afin de décider ce qu’il allait advenir de leur immense savoir.

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“ Confions-le aux plus sages parmi les rois et grands propriétaires, lança un maître, afin que l’esprit se perpétue au sein de glorieuses lignées.

– Qui en sera digne ? demanda aussitôt le précepteur du plus grand des princes.

– Qui de nous choisira parmi des rois ennemis ? interrogea un autre.

– Leur volonté de puissance n’est-elle pas l’une des causes du présent chaos ? ” renchérit un inquiet. Le vacarme envahit le petit temple isolé où ils étaient assemblés.

“ Au vu des dangers que nous encourons, la transmission de maître à disciple ne risque-t-elle pas de s’interrompre ?

– Qui peut assurer que les puissants d’aujourd’hui sauront demain la protéger ? ”

Cherchant d’autres certitudes, ils finirent par trancher : “ Traduisons les secrets de notre connaissance sous la forme d’un jeu. Nous le confierons aux plus pauvres et aux moins sages, afin qu’il ne soit pas un objet de dispute. Il permettra à des nomades sans instruction d’en tirer bénéfice , Il restera entouré de respect et nul n’aura la tentation d’y changer quoi que ce soit. ”

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Ainsi fut fait. Les sages commencèrent à diffuser les enseignements royaux à des hommes et à des femmes de plus simple extraction, qui s’enfoncèrent ensuite dans les montagnes et les forêts de Chine. Ce furent les premiers “nomades éclairés”, dont bien des voyageurs ont rapporté les histoires. Le plus célèbre d’entre eux, nommé Tao Li, connut une gloire imprévue en temps de guerre, pour sa gentillesse, sa disponibilité et son enthousiasme dans l’art difficile de la conciliation. Lorsqu’il arrivait dans un village et pensait qu’il était nécessaire d’éclairer la population, il sortait de son carquois une arme inhabituelle : le Taoban, une piste de jeu en tiges de bambou liées. Il proposait alors une partie de Tao contre une offrande modeste, généralement le gîte et le couvert.

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Jamais il ne prétendit enseigner une vérité. Sa seule mission était d’amorcer une démarche interrogatrice commune, sa seule quête une recherche vivante de la sagesse par la coopération, sa seule promesse un pas de plus vers le bonheur, car le bonheur est un mouvement. Il commençait par la question rituelle : “ Que cherches-tu ? ”. Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Puis, de question en question, de questionné en questionné, le jeu se chargeait de montrer par des effets miroirs que les désirs des uns étaient complémentaires des désirs des autres, et non antagonistes. Tao Li facilita ainsi de nombreuses réconciliations, qualifiées de magiques, entre ennemis jurés, qui vantèrent à tous ses qualités de conciliateur, lui assurant de nombreux émules. Ceux-ci ne créèrent pas d’école religieuse, ni de temple, ni de philosophie portant leur nom. Ils pensaient que la connaissance appartient à tous, que nul ne peut la posséder, la morceler, la dissimuler par égoïsme ou pour en tirer profit. Ils furent des acteurs importants dans la résistance contre les régimes autoritaires, mais se raréfièrent avec la dynastie des Ming (1368-1644), qui instaura des pratiques totalitaires et organisa contre eux une chasse aux sorcières systématique.

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L’accouchement grec

C’est curieusement aussi au quatrième siècle avant l’ère commune, qu’une autre forme du Jeu des Jeux se révéla, en Grèce, à l’un des pères de la philosophie. Mais qui sait quels apports extérieurs avaient reçus nos Homère, Pythagore ou Héraclite ?

Socrate était un simple citoyen, pauvre et, selon certains témoignages, pas très joli garçon.

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Ni chef ni savant ni mage, c’était pourtant un homme enjoué et espiègle. Comme il refusait d’écrire, on connaît peu sa véritable pensée. Mais son personnage est devenu légendaire, à l’image de Jésus, Bouddha ou Lao-Tseu qui pratiquèrent eux aussi en maîtres l’art de la question. Fils d’une sage-femme, Socrate baptisa son jeu maïeutique, ou “art de faire accoucher”.

Sa pratique personnelle avait fait de lui un homme sage et heureux, plutôt bon vivant qu’érudit. Il affirmait pouvoir faire partager à quiconque, par un jeu de questions appropriées, l’importance des qualités humaines fondamentales à ses yeux : la force d’âme, l’esprit de justice, la tolérance et le courage.

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Socrate excellait dans l’art du dialogue. Comme on dit, il jouait admirablement du plat de la langue. Son verbe se caractérisait par son extraordinaire force d’éveil à l’amour. “ Je ne connais que l’amour, disait-il, qui est désir de faire le bien.” Quel bien ? Celui du corps, bien sûr : le bien-être. Mais aussi ce qu’il appelait le désir joyeux de s’élever vers le bien qui manque, l’amélioration, le perfectionnement, l’élévation vers la sagesse, l’élan vers la félicité. Pour lui, la sagesse n’était pas le savoir mais un art de vivre dont la finalité était triple : mener une vie belle, juste, bonne. Socrate n’enseignait pas, il dialoguait. Son art du dialogue s’opposait cependant aux discours futiles. Son but n’était pas de transmettre des connaissances, mais de pousser ses interlocuteurs à examiner la valeur de leurs convictions, à user du dialogue pour identifier leurs propres a-priori, ignorances, contradictions et illusions. Il estimait que l’homme est bon et n’agit mal que par ignorance. Le but du jeu était de le faire accoucher de cette bonté par une succession savante de questions. Le “Connais-toi toi-même” qu’il évoquait souvent n’est que l’extrait d’une citation plus longue, inscrite au frontispice du temple de Delphes, où officiait la célèbre Pythie : “ Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et ses Dieux. ”

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Quelles questions posait Socrate, qui permettaient cette connaissance ? À quelles questions ses juges se référaient-ils lorsqu’ils l’accusèrent d’honorer d’autres dieux que ceux de la cité et de corrompre la jeunesse en cherchant à la libérer des croyances ? Quelles étaient les questions auxquelles il refusa de renoncer lorsqu’il fut condamné à boire la ciguë ?

Qui es-tu ? Que cherches-tu ? Quel est ton désir? Es-tu d’accord avec toi-même ? Es-tu satisfait de ta vie ? Que connais-tu ?

Nous n’en savons guère plus, car ces questions simples ne s’exprimaient dans la pratique que par l’oralité. Elles ne furent donc que partiellement retranscrites par ses disciples, transformées en de longs dialogues, dont Platon écrivit les plus connus. Seules quelques-unes ont subsisté, indices de l’existence d’un jeu invisible dont la pratique était déjà perdue. Comme si la mise en livre, en enfermant la parole dans un silence éternel, avait rendu cette pratique impossible.

Les Tables de l’interrogation

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Le “ Jeu des Questions ” pratiqué par certaines confréries talmudiques aurait, selon les exégètes, une origine divine. Le judaïsme est de toute façon une religion de la question plus que de la réponse. Cela déconcerte souvent ceux qui s’attendent à recevoir des indications précises et ont tendance à s’enfermer dans le respect des nombreuses prescriptions qui réglementent le quotidien, issues des coutumes autant que de la loi divine. Pour chaque jour de l’année, pourtant, la Paracha pose une question, sur laquelle l’homme se doit de réfléchir : Dieu institua ce jeu des questions dès qu’Il eut créé le premier homme. Adam vient de adamah, la terre, qui est fait adam, l’homme, et de mah, la question : l’homme est donc “ l’être qui s’interroge. ”

Dans la Genèse, Dieu demande à Adam : “ Où es-tu ? ” Mais Adam a peur et se cache.

Le péché originel, c’est d’abord ce refus de s’interroger et de penser. Dès lors, les hommes n’eurent plus accès à l’Arbre de Vie, qui est aussi l’Arbre des Questions. “ Que cherches-tu ? ” nous demande YHVH. La Légende raconte que Moïse reçut d’abord, lors de son premier séjour sur le mont Horeb, des tables bien différentes de celles de la Loi. Selon ces récits, en premier lui furent proposées douze questions fondamentales, agencées selon un ordre précis, que les hommes devaient se poser pour s’accomplir au mieux dans le bonheur et la joie. Gravé dans un matériau divin – une résine translucide permettant de lire dans n’importe quel sens -, c’était le rappel de la première Alliance, les clés d’un dialogue direct avec Dieu. Un rituel de questionnement, que les hommes pourraient se transmettre de génération en génération, avec une même discipline, une même règle de jeu.

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Lorsque Moïse revint, après quarante jours, il vit que le peuple hébreu adorait un veau d’or et il brisa les tables. Mais lesquelles ? Cette question crée une controverse, qui divise bien des exégètes. Moïse vient de recevoir de YHVH Lui-Même la sagesse éternelle. Comment admettre qu’il la détruise et pourquoi ? Pour certains, Moïse agit ainsi non par colère contre son peuple, mais parce qu’il se trouve en proie à un doute fondamental sur les capacités de l’homme à accepter de se poser ces questions. Le questionnement proposé aurait généré de trop grandes résistances. Moïse retourna donc sur le mont Horeb et en redescendit avec les secondes tables, celles de la Loi, gravées cette fois sur de la pierre, portant les instructions que nous connaissons par la tradition écrite : les Dix Commandements.

Le contenu des premières tables brisées fut cependant transmis par la tradition orale, d’abord talmudique puis kabbaliste, parfois même sous le nom de “ Tables de l’Interrogation ”. Car dans leurs yeshivot, lieux où ils étudient la Torah, les juifs perpétuent la pratique du questionnement. En début de séance, l’un des participants pose une question sur laquelle les autres, à leur tour, s’interrogent. Si une réponse jaillit, tous s’en servent de source pour encore plus de questions.

Afficher l'image d'origineLa kabbale non plus ne donne pas de réponse, mais ouvre à l’infini l’espace du questionnement. Toute réponse le referme et nous enferme en elle. Nous sommes esclaves de nos réponses. Nous sommes libérés par nos questions. C’est peut-être la raison pour laquelle les Dix Commandements sont écrits au futur. Il n’est pas dit : “ Ne tue pas ”, ni : “ Ne pas voler ”, mais : “ Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas… ”. Ce ne sont donc à proprement parler ni des ordres ni des lois, mais des projets de vie, des quêtes, des questions, un avenir vers lequel, idéalement, l’humanité doit se diriger. À votre avis, pourquoi “ Honore ton père et ta mère ” est-il le seul ordre véritable ?

Pour les exégètes cités plus haut, les commandements n’étaient rien d’autre que la règle du jeu recomposée par Moïse à partir des Tables de l’Interrogation : ayant renoncé à transmettre le jeu lui-même, il en avait déduit les dix règles fondamentales auxquelles, dans son esprit, les questions devaient conduire. D’autres affirment que chacune de ces questions fut confiée à l’une des tribus d’Israël et que l’humanité atteindra la sagesse quand elles seront toutes réunies…

Le Jeu des Pierres

La tradition chrétienne se réfère également à un jeu, appelé Jeu des Pierres. “ Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao humour"” Ces simples paroles restent une énigme dans les Évangiles. Selon Matthieu, lorsque Jésus arrive avec ses disciples à Césarée, le moment lui semble opportun pour révéler l’essence même de son enseignement.

“ Qui dit-on que je suis, moi le fils de l’homme ? ” demande-t-il. Des réponses fusent : “ Tu es Jean-Baptiste ”, “ Non, Élie ”, “ Jérémie ”, un autre prophète…

“ Et toi, qui dis-tu que je suis ? ” reprend Jésus en s’adressant à Simon.

“ Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant.

“ Sois heureux, Simon, reprend Jésus, c’est mon père qui t’a révélé cela. Et moi je te le dis, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. ”

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao humour"Jésus vient de proposer une énigme à résoudre. Si l’on veut bien supposer que, contrairement au dogme en vigueur, la langue originelle des Évangiles n’ait été ni le grec ni l’araméen, mais l’hébreu, trois mots émergent de cette énigme : père, fils, pierre. Père se dit Ab en hébreu et s’écrit Aleph, Bet ; Fils se dit Ben et s’écrit Bet, Noun ; et Pierre se dit Eben et s’écrit Aleph, Bet, Noun. Trois mots, trois syllabes, et le troisième les contient toutes. Jésus peut donc avoir dit à Simon : si tu m’as appelé fils (Ben) de Dieu, c’est mon père (Ab) qui t’a insufflé cela, et tu t’appelleras désormais Pierre (Eben). Ce nom signe la réconciliation du Père, du Fils et du Saint Esprit. Premier symbole de la trinité. Le nom de Pierre semble indiquer qu’il exista un évangile en hébreu aujourd’hui disparu… L’Église rejette cette hypothèse, proposée par la Légende, bien que ses premiers Pères (Papias, Irénée, Pantène) aient évoqué une version de Matthieu en hébreu.

Afficher l'image d'origineLa Légende, elle, évoque une histoire que l’on retrouve dans les évangiles apocryphes ( les fameux manuscrits de la Mer Morte) et qui fait penser à un passage de l’Évangile de Jean où Jésus, lors d’un enseignement collectif, énonce pour sauver une pécheresse : “ Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. ” Mais l’histoire est ici différente. Jésus se trouve dans un village où, fidèle à son habitude, il questionne ses disciples : “ Qui es-tu ? Que demandes-tu ici ? Et toi ? ” Arrive une femme du village, visiblement malheureuse, qui demande à suivre son enseignement. Jésus l’invite à se joindre à eux, mais l’un des disciples s’insurge : “ Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous prescrit de lapider ce genre de femme ! Que dis-tu toi ? ” Jésus interroge les autres disciples, dont le mari de la pécheresse, qui confirme l’adultère. Tous refusent l’idée que Jésus puisse accepter une femme adultère dans son enseignement. Jésus leur demande alors de prendre chacun une pierre et, se baissant, il trace sur le sol une sorte de marelle en forme de croix, semblable à celles auxquelles les petites filles jouent encore aujourd’hui (un parcours d’épreuves entre “l’enfer” et le “ciel”) : le plateau du Jeu des Pierres. Les autres disciples insistent et demandent à la femme de s’éloigner. Jésus intervient : “ Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. ” Puis il se baisse à nouveau et écrit des questions : “ Qui es-tu ? ”, “ Que cherches-tu ? ”, etc. – une question par case. Puis il s’assied et attend. Chacun des disciples renonce à avancer sa pierre le premier sur le plateau du jeu. Jésus dit alors à la femme : “ Où sont les autres ? Personne ne te condamne ? ”

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao humour"La femme, au bord des larmes, répond : “ Personne, seigneur.

– Eh bien, moi non plus je ne te condamne pas, dit-il en souriant, joue ta pierre ! ” Et il commence ses enseignements : le pardon, l’amour du prochain, l’entraide, le secret des miracles…

“ À quoi sont dues les guérisons miraculeuses ? En vérité, pour qu’un miracle s’accomplisse, il faut assurément que son bénéficiaire le souhaite. La volonté est fondamentale et la pensée, libératrice. Mais vient ensuite le temps du verbe. La pensée ne suffit pas, la parole est indispensable. Il faut réclamer le miracle, le verbaliser clairement, l’homme se doit d’éclaircir sa demande pour lui donner une forme à l’extérieur de lui. Qui l’entendra ? L’autre, n’importe quel autre à qui mon père a donné forme. Ensuite, il faut avoir la foi dans l’accomplissement. Si cette foi n’est pas là, pourquoi solliciter l’intervention divine ? Enfin, et surtout, il suffit aux hommes d’être compatissants et de vouloir sincèrement le miracle non pas tant pour soi que pour autrui, en vérifiant que le souhait soit partagé par tous et en accord avec le bien, le juste et l’amour que l’esprit saint caractérise. Ainsi, pas plus que vous je ne peux accomplir de miracle pour moi-même, mais je peux, avec vous, guérir si mon père le permet le mal où il se trouve.

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao humour"“ Que cherches-tu ? demande alors Jésus à la femme.

– L’amour et le pardon.

– Aime ton prochain comme toi-même, tu ne pécheras plus. ”

La Légende parle du sourire de Jésus, rayonnant d’une telle bonté qu’immédiatement, la joie prit la place de la peine dans le cœur de la femme… et de l’homme, bientôt réconciliés.

Le Jeu du Dharma

Chogyam Trungpa Rimpoche, l’un de ceux qui firent connaître le bouddhisme en Occident, parle d’un royaume légendaire appelé Shambhala, un lieu de paix et de prospérité où des souverains sages et éclairés gouvernaient des citoyens tout aussi sages et bienveillants, de sorte que la vallée où cela se passait abritait l’exemple même d’une société modèle. Selon certaines versions de la Légende, le jour où toute la société atteignit la sagesse, “l’éveil”, le royaume de Shambhala se rendit invisible aux regards des hommes. Il se serait enfoui au centre de la terre, protégeant son accès par des murs de nuages et de montagnes infranchissables.

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Les “enseignements de Shambhala” se fondaient sur un postulat : il existe réellement, enfouie en chacun, une sagesse fondamentale, qui peut aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion, pas plus qu’elle n’est l’exclusivité de l’Occident ou de l’Orient. Il s’agit plutôt d’une aspiration humaine, profondément enracinée. Lorsqu’un être capte la puissance et la profondeur du réel, il peut rencontrer ou invoquer la magie. Cette magie n’est pas un pouvoir anormal sur le monde, mais simplement la découverte de ce que les Tibétains appellent le Drala, la sagesse du miroir cosmique. Drala est formé de la, au-dessus, et de dra, ennemi, conflit : au-dessus des conflits, au-delà de l’ennemi. C’est une sagesse dépourvue d’agression.

Paradoxalement, la situation du monde, au temps où Shambhala atteignit l’éveil, était préoccupante. Guerre, pauvreté et instabilité économique généralisée, chaos politique et social entraînaient des bouleversements de toutes sortes. Pour y remédier, les sages dispensèrent un enseignement qui portait le nom d’“ art du guerrier ”. Cet art, en pareil contexte, en appelait à la tradition du courage bienveillant. De la même façon que le guerrier s’assure de la noblesse de la cause pour laquelle il va mettre en œuvre des forces dangereuses, l’homme devait projeter sa pensée dans une dimension universelle, au-delà de sa maison, de sa famille, de sa ville, de son pays. Il devait se questionner pour savoir comment aider le monde dans sa totalité. C’était la mission de chacun, l’important étant de se rendre compte qu’on ne peut jamais véritablement se détendre, tant que quelqu’un dans le monde a besoin d’aide.

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Cependant, en essayant d’imposer leur aide aux autres, certains finirent par ajouter au chaos. Car chacun avait sa théorie sur les besoins du monde !

Aussi, les sages de Shambhala partirent-ils de l’hypothèse qu’il fallait d’abord découvrir en soi-même ce que l’on pouvait offrir au monde, avant de chercher à établir une société éclairée. Pour commencer, chacun devait s’efforcer d’examiner sa propre expérience et ce qu’elle contenait d’utile pour ennoblir son existence et aider les autres à en faire autant. La technique introspective utilisée dans ce but par les sages fut baptisé Jeu du Dharma.

Le Jeu du Miroir

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Une seule trace du Jeu des Jeux, menant en Egypte, évoque les circonstances de la formulation par écrit d’une règle, sur un manuscrit en soie, à la demande de la reine Cléopâtre VII. L’histoire est savoureuse et riche d’enseignements.

Issu d’une illustre famille, le roi Ptolémée avait conçu la bibliothèque d’Alexandrie pour contenir tout le savoir du monde. Son dessein étant d’acquérir les œuvres écrites de l’humanité entière, il y mit les grands moyensn, faisant confisquer le moindre livre trouvé à bord des bateaux mouillant au port, pour le faire recopier par ses scribes… puis il gardait l’original et restituait la copie. Mais l’essentiel de la bibliothèque d’Alexandrie fut rapporté par des émissaires envoyés aux quatre coins du monde, pour demander aux souverains de leur transmettre les ouvrages dignes d’intérêt qu’ils connaissaient.

C’est ainsi que la réputation d’un jeu sacré arriva jusqu’à Ptolémée : toute la sagesse du monde, disait-on, se trouvait réunie dans un simple jeu. Ptolémée se devait d’en détenir un exemplaire dans sa bibliothèque ! Son épouse et sœur Cléopâtre partageait son goût pour la quête du savoir absolu. Elle mit toute sa puissance de séduction au service de cette tâche, réussissant à acquérir suffisamment de renommée pour inquiéter Rome et troubler ses empereurs. Ce fut elle qui envoya des émissaires à la recherche du jeu, jusqu’au-delà des déserts de l’Asie. L’un d’eux revint accompagné d’un sage chinois de la dynastie Han, qui avait accepté d’offrir l’enseignement sacré à la reine d’Égypte.

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Connue pour sa beauté et sa curiosité, la reine avait une autre réputation : elle aimait faire venir auprès d’elle des sages, médecins ou prêtres, pour s’épancher sur sa vie intime, mais ceux qui l’écoutaient connaissaient un sort terrifiant : si leurs conseils avaient contrarié la reine, ils étaient décapités sur l’heure ; aux autres et aux simples témoins, on coupait simplement la langue, pour qu’ils ne parlent pas, et les mains, pour que rien ne soit écrit.

Dès son arrivée, le sage chinois fut ainsi convié à conseiller la reine à l’aide du fameux jeu.

Son enseignement étant strictement réservé aux rois, aux reines et aux chefs religieux, le sage suggéra que la partie se joue en toute confidentialité et que la cour veuille bien s’éloigner suffisamment pour ne point entendre. La cour accepta avec la reconnaissance qu’on imagine. Le sage se retira alors pour préparer la cérémonie. Porté par deux esclaves sourds-muets, il revint enfermé dans un sarcophage dont la figurine tenait devant son visage un miroir tourné vers l’extérieur.

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Lorsque la reine fut installée face à cette étrange statue, les esclaves lui tournèrent le dos et le sage, de l’intérieur, après l’avoir invitée à terminer ses réponses en frappant le miroir, posa la première question : “ Que cherches tu ? ”

La quête énoncée par la reine concernait sa vie amoureuse. On dit cependant que les treize questions posées ce jour-là ne changèrent pas seulement sa vie affective, mais aussi sa façon de gouverner. Elles sonnèrent en effet le glas des répercussions tragiques provoquées par ses confidences. L’introspection à laquelle la reine avait été soumise aurait dû avoir une issue fatale pour les trois témoins de la rencontre. Mais les deux esclaves sourds-muets s’étaient retournés pendant la partie et, lorsque l’on sortit le sage de la statue, on s’aperçut qu’il avait les yeux bandés et de la cire dans les oreilles… Il n’avait rien vu et rien entendu, juste senti les coups sur le miroir lui intimant de poser la question suivante. Piquée au vif, la reine lui demanda ce qu’il avait pensé de sa partie. “ Tout est là ”, répondit le sage en lui tendant le miroir qu’il prit sur la statue, et qui fut déposé à la bibliothèque d’Alexandrie dans un coffret scellé.

Lorsque Ptolémée apprit qu’il n’existait aucune forme écrite de ce jeu et que sa seule transmission en était orale, il fit venir le sage pour exiger que la règle oraculaire soit inscrite sur un manuscrit de soie. Il le baptiserait Jeu du Miroir, en souvenir de ce jour exceptionnel.

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Le sage tenta de dissuader le roi. Rien n’y fit. Devant la menace, il se plia à son exigence, mais protesta auprès de Cléopâtre contre ce sacrilège et l’avertit des risques représentés par la fixation par écrit d’une tradition orale réservée aux sages et aux princes. Celle-ci en avertit Ptolémée qui n’en tint jamais compte.

Lorsque César, en 48 avant Jésus-Christ, incendia le port d’Alexandrie dans sa bataille contre Ptolémée, quarante mille rouleaux furent détruits. Cléopâtre vaincue n’eut que deux exigences : que le Jeu du Miroir, épargné, lui soit remis, et que César reconstruise la bibliothèque. Le Jeu du Miroir rejoignit bientôt le Jeu des Jeux dans différents langages ésotériques. De nombreuses disciplines initiatiques, allant des derniers maîtres constructeurs égyptiens aux bâtisseurs des cathédrales, en inscrivirent les signes dans la pierre, inscriptions muettes seulement parlantes pour qui sait les voir.

En 691, le général Al-as Amrou, après le siège d’Alexandrie, ordonna la destruction de tous les livres restants, qui furent utilisés pour chauffer les bains publics pendant six mois, car “ si tous ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles, et s’ils ne sont pas conformes, ils sont dangereux. ”

Lorsque, averti de l’existence du Jeu, il demanda à ce que l’on lui apporte le coffret, il ne trouva à l’intérieur qu’un miroir brisé et des cendres de soie…

La grande dispersion

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Dans le monde musulman, le poseur de questions se tient à la porte des mosquées.

Cet homme est payé pour poser des questions à celui qui le paye. On dit aussi que “ quelqu’un qui ne se connaît pas lui-même ne peut comprendre le sens de ses questions. ” Farid Ud’din Attar, un des plus grands sages soufis, évoque ce type d’échange en une longue partie collective itinérante, dans sa parabole la plus connue, la Conférence des Oiseaux.

Ces initiés soufis étaient quarante. Leur douzième année d’initiation leur posa la question : “ Que cherches tu ? ” Ils partirent alors pour un long voyage en quête d’une réponse, d’un roi, ou peut-être de Dieu… Une force les poussait au cœur, qui les menait vers une montagne où vivait, disait-on, l’être qu’ils recherchaient. Leur chemin fut long. Ils connurent des aventures parfois inespérées, parfois éprouvantes, toujours inattendues. Ils parvinrent enfin sur ce mont, jusqu’à sa cîme tant désirée. Ils n’y trouvèrent ni dieu ni roi. Seul un miroir les attendait…

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Un miroir assez grand pour qu’ils puissent s’y voir, tous réunis, comme une seule figure.

En Océanie, chaque année avant le nouvel an chinois, les habitants d’une des plus petites des îles Marshall se prêtent à un jeu, qui consiste à énoncer les vœux souhaités pour l’année à venir et à présenter, chaque jour pendant quatre jours, une offrande au chaman local. Chaque jour, le chaman explore l’un des quatre éléments avec l’ensemble de la famille et interroge l’oracle grâce à un rituel approprié. Une négociation s’ensuit, entre l’oracle et la famille, par le biais du chaman, afin de savoir si les offrandes sont suffisantes pour permettre la réalisation des vœux énoncés. Lorsque l’oracle exprime son accord, les vœux ont la réputation de se réaliser.

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao humour"On retrouve des rituels similaires dans la santeria cubaine, et dans le vaudou béninois, puis haïtien, ainsi que dans leur tradition-mère, le Fa des devins yorubas. Si les traditions orales évoquant sous divers noms le Jeu des Jeux sont nombreuses, les traces écrites recensées à ce jour restent rares. Les dernières auraient été découvertes sur des pierres âgées de plus de trois mille ans, qui ornaient les murs du temple de Shankor, mis au jour en 1951 au cœur d’une cité envahie par la forêt vierge indienne et dont une bande de singes bleus semblait protéger l’accès. Ce temple fut démonté pierre par pierre pour être remonté aux États-Unis. On raconte que ces pierres sacrées furent revendues à des collectionneurs privés, qui s’en servirent pour jouer, grandeur nature, entre richissimes milliardaires, lors de parties durant plusieurs jours et dont l’enjeu se chiffrait en millions de dollars, à un jeu étrange permettant la réalisation des désirs…

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C’est dire à quel point l’humanité avait perdu connaissance des valeurs véritables. Il était temps que d’autres chercheurs d’absolu arrivent, pour que le Jeu des Jeux renaisse et revienne en de meilleures mains. Le premier d’entre eux fut un simple voyageur…

Le voyage au Népal

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Il est facile à ce voyageur de rester anonyme, mais il a bien fallu qu’il existe pour que la Légende renaisse et que l’histoire soit racontée. Hasard ? Circonstances ? Destin ? Qui sait ! La vie est un grand jeu.

À l’époque, il ne pensait pas ainsi et, à vrai dire, ne s’intéressait pas aux choses de l’esprit. Vagabond seulement assoiffé de rencontres et de nouveauté, il parcourait le monde pour le photographier. Un ami lui proposait d’illustrer un livre sur le Népal ? Pour le Népal, il s’embarquait.

Très vite, pourtant, ce voyage-là fut spécial. Après l’escale d’Athènes, un réacteur prit feu. Ils s’en sortirent sans dommage et ce qui le troubla le plus ne fut pas l’incident, mais l’impression étrange qu’il avait ressentie un peu auparavant. Regardant l’aile par le hublot, il avait pressenti qu’ils allaient avoir un problème avec ce réacteur, alors que rien n’était visible. Un bref état d’hyper-éveil, comme en connaissent les aventuriers, avait donné à sa conscience une acuité qui lui permettait de savoir également qu’ils allaient en réchapper.

Peut-être le choc sensoriel que l’on éprouve en découvrant le Népal a-t-il joué aussi ?

Mais c’est à Pokara que tout a commencé.

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Il s’y retrouvait seul, coincé par la mousson, sans même ses affaires déjà parties avec l’avion qu’il avait raté. Il ne lui restait rien : les vêtements qu’il portait sur le dos, un paquet de cigarettes, son briquet et pas un sou en poche. S’aventurant en ville, il rencontra tout d’abord un petit garçon. Surprise : ce fut l’enfant qui, de lui-même, proposa de lui acheter son briquet. Puis tout ce qu’il possédait : cigarettes, chapeau, blouson… Il faisait si chaud, pourquoi ne pas acheter un costume indien plus léger et vendre aussi chemise et pantalon ?

Il croyait ne plus rien avoir et il se retrouvait riche ! Dans ce trou perdu du monde pauvre, il avait largement de quoi passer les trois jours avant le prochain avion. Il décida même de s’offrir une excursion. Il rencontra un guide, un réfugié tibétain parlant anglais, et ils s’entendirent sur un prix pour une visite des environs. Ils mangèrent d’abord dans une petite gargotte, puis son guide le fit monter, monter, monter… Il était hors de souffle quand la pluie se mit à tomber. Il se voyait déjà coincé et se demanda quelle idée l’avait pris de s’aventurer ainsi au milieu de nulle part.

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“ Mais qu’est-ce que tu cherches ? ” s’enquit une voix en lui-même. “ Et de quoi as-tu peur ? ” semblait ajouter le guide, silencieux et calme.

Ils redescendirent jusqu’à une cahute faisant office d’auberge. Le guide n’avait rien demandé, sinon quelques roupies. Il émanait de lui une force étonnamment calme. Dans son anglais simple, il raconta l’invasion chinoise, la fuite du Tibet, l’arrivée au Népal, les problèmes que les Tibétains, plus riches que les Népalais, y rencontraient. Tout lui semblait naturel et sans importance. Puis il fit visiter au voyageur un camp de refugiés tibétains. Ensuite, ils visitèrent les temples de la ville. Leur syncrétisme était frappant : bouddhisme et hindouisme semblaient y cohabiter sans problème. Non-croyant, le voyageur trouvait ce mélange drôle, presque cocasse. Aussi cocasse que son propre sort : échapper de justesse à la mort, se voir pauvre et se retrouver riche, vivre trois jours hors du temps, et maintenant, tous ces symboles. Dans un temple, il trouva même les deux triangles croisés de l’étoile de David, dont il apprit qu’aux yeux des hindouistes ils représentent l’alliance entre le feu et l’eau.

Résultat de recherche d'images pour "émotions cinq éléments": Au fil des heures, le voyageur éprouvait une sympathie grandissante pour son guide. Cet homme avait été gentil, courageux et plein d’idées. Le dernier jour, le voyageur lui donna tout l’argent qui lui restait. Ce fut pour retrouver le guide peu après, au bord d’une rivière où des enfants pêchaient : il était en train de rejeter à l’eau tous leurs poissons, qui jubilaient de s’enfuir, autant que les enfants d’être payés sans avoir eu à marchander. Les coups de queue des uns cliquetaient dans le soleil au rythme exact des éclats de rire des autres. Au voyageur surpris, le guide expliqua comment, enfant, il avait été très malade et comment, pour prix de sa guérison, son père avait promis de racheter tous les animaux condamnés qu’il pourrait, qu’ils soient destinés au sacrifice ou à la nourriture. Lui-même, devenu adulte, perpétuait ce serment.

Savoir là où l’on est pour comprendre où l’on va.  Avant d’engager une action…:

Puis le jeune homme, soudain grave, déclara au voyageur (dont il semblait percevoir les pensées) : “ Renonce à l’illusion de ce que tu crois être le sens des choses. Je ne paye pas pour régler une dette, mais pour abandonner quelque chose de moi, afin d’aller plus loin. On ignore l’invisible pour affirmer : “Ceci est moi”. Il faut savoir se détacher de l’emprise de ce moi. Alors, parfois, l’invisible vous lance un clin d’œil. ”

Le voyageur fut troublé par ce discours, cette finesse, cette maîtrise. Qui était donc cet homme ? “ C’est bizarre, lui avoua-t-il, depuis que j’ai quitté Paris, j’ai l’impression d’être entré dans un jeu, un jeu de piste ou je ne sais quoi, comprends-tu ?

– Ta vie, répondit le guide, est telle que tu la vois.

– Mais comment distinguer ce que je vois de ce que je crois voir ? Il y a quelques semaines, dans un avion qui menaçait de s’enflammer, j’ai eu l’impression de “voir l’invisible” – et je n’ai pas eu peur. Comme si l’univers acceptait que je devienne un peu plus un “acteur” de ma vie… Mais comment faire pour que nos actes deviennent vraiment nos actes et non des actes ?

– Il faut faire le vide pour trouver le plein (le guide eut un petit rire). La prière, la méditation, la marche, toutes les occasions de faire silence et d’écouter ce silence te donneront une plus grande conscience de l’invisible. Et plus tu en sauras sur tes ténèbres, plus tu seras éclairé dans ta vie.

– Prier, méditer, marcher ?

– Aligner son souffle sur celui de la nature. Tu sais, toutes les dualités ont une même origine : le souffle.

– Et les religions ? Servent-elles à approcher l’invisible parce que nous n’avons pas d’accès direct au divin ?

– C’est de toute façon une spirale divine : l’esprit vient dans un corps pour évoluer et rejoindre l’esprit. Vide, plein, dualité, c’est ainsi que tout fonctionne. ” Le voyageur eut un instant de perplexité – ce guide prenait décidément de sacrés raccourcis. Il s’essaya lui-même à une ellipse :

“ Voyons, si je me place en position de joueur, en me distanciant de moi-même, j’appréhenderai les événements à la fois plus facilement (il n’y aura pas de danger) et plus profondément (avec le sérieux d’un enfant qui joue), non ?

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– Très juste ! approuva le Tibétain, l’enfant joue, l’adulte crée. Dans le vrai jeu seulement (je ne parle pas du poker, ni du casino), peut s’épanouir la vraie joie, qui est sans raison, sans mobile, désintéressée. Du coup, tu cesses d’être un petit moi tout plein de soi-même et de sa relation au monde, tu deviens “celui qui va vers lui-même”, dans un monde où tu peux interpréter ce qui t’arrive autant de signes faisant partie d’un jeu ? Un jeu dont la grande règle est l’alternance des contraires…

– Tu sais quoi ? l’interrompit le voyageur, on devrait vraiment inventer un jeu pour intégrer tout ça, un jeu qui permettrait de s’éveiller en s’amusant ! ”

Il était tout content de sa découverte. Jamais il n’avait eu une conversation aussi intéressante, et c’était avec un homme qu’il aurait quasiment pris, quelques jours plus tôt, pour un demi-ignorant ! Ce dernier poursuivit : “ Il n’y a qu’une seule différence entre l’homme qui vit sans connaître la règle et le joueur : le second sait qu’il joue.

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– Tu veux dire qu’il existe une règle ?

– Il en existe une multitude.

– Mais penses-tu qu’un jeu, un vrai jeu, pourrait les résumer toutes ?

– Chez nous, une légende parle d’un jeu très ancien, qui servait à aider les sages. Je pense qu’il y en a d’autres, ailleurs. C’est peut-être là ta quête, ami étranger qui a accès à tous les livres.

– Quoi donc ? De retrouver cette Légende ou de faire renaître ce jeu ?

– Les deux ! (il rit de nouveau d’une voix pointue). – Oh, mais tu me donnes des idées. J’ai bien envie de suivre ton conseil. Je donnerai à ce jeu un nom tibétain, en souvenir de toi.

– Suis plutôt la loi des contraires, puisque c’est un jeu. Donne-lui donc un nom chinois !

Ce sera en souvenir de moi, mais comme un cadeau à ceux qui se disent mes ennemis. ”

S’ouvrit alors au voyageur une quête pour laquelle, ignorant et néophyte, il n’était certes pas le mieux armé. Mais qu’importe ! Loin de perdre son enthousiasme, il trouva grand enseignement à repenser à tout ce qu’il avait vécu, senti, pensé et ressenti pendant cette aventure. À peine rentré en Europe, il se lança dans les études les plus diverses. De l’universalité de certains symboles à l’histoire des civilisations, très vite, il découvrit des points communs.

Résultat de recherche d'images pour "émotions cinq éléments": La dualité, par exemple. Est-il possible de penser autrement qu’en binaire ? Planètes, peuples, êtres humains, atomes, tout est soumis à des forces qui à la fois attirent et repoussent. Il lui semblait que cette dynamique des contraires devrait être modélisée dans ce jeu mystérieux qu’il se sentait à présent en devoir de retrouver. Il faudrait aussi que ce jeu intègre les découvertes modernes des sciences de l’homme. Et qu’il sache relier des pensées disparates, tout en reposant – forcément – sur des éléments universels. Certains récits qu’il avait rapportés de ses voyages antérieurs venaient à présent étonnamment confirmer cette intuition.

Bref, la quête du Jeu invisible devint la grande affaire de sa vie. Il entreprit des recherches systématiques dans toutes les grandes traditions. Recherches marginales, difficiles, dérangeantes, qui ne pouvaient, ici ou là, que soulever le voile, mais toujours enrichissantes pour la Légende – et la révélant aux esprits curieux… Tout convergeait vers le jeu. Bientôt, son déroulement s’agença de lui-même : ses principes se mettaient spontanément en ordre et, quand le voyageur eut le sentiment que pour aller plus loin il aurait besoin des autres, ses rencontres lui confirmèrent que, déjà, il avait beaucoup à donner. Autour de lui, dans toutes les professions et dans tous les milieux, ils étaient des milliers, comme lui, à chercher.

Les créateurs du troisième millénaire

Résultat de recherche d'images pour "jeu du tao "Car ils vivaient tous dans un monde dont la course folle allait devoir changer. L’avenir annoncé était effrayant : troubles politiques et sociaux ne pouvaient que naître d’injustices économiques devenues trop criantes, et des désastres environnementaux finiraient par résulter de l’exploitation effrénée de la nature.

Depuis quelques années, pourtant, certains sentaient les prémices d’autres valeurs, plus féminines peut-être, si l’on accorde cet adjectif au souci pour l’avenir de la Terre que ces valeurs partageaient. Dans le même temps, d’ailleurs, la maîtrise de la procréation aidant, une révolution des mœurs avait lieu, remettant en question les différences sexuelles établies. De vieux carcans comportementaux tombaient. Des communautés cherchaient à se créer pour influencer le cours de l’histoire et rester libres.

Ils devinaient confusément que les changements à venir mettraient en action les valeurs culturelles liées aux problèmes écologiques et aux symptômes sociaux. Ce dont le monde allait vraiment avoir besoin, c’était d’une transformation culturelle radicale, permettant de mettre fin aux contradictions dans lesquelles, pour la plupart, tous vivaient. On pourrait résumer ces contradictions ainsi : pour garantir son avenir individuel immédiat et celui de ses proches, chacun était conduit à participer, tantôt comme consommateur tantôt comme producteur, à une vaste entreprise de destruction visant la nature autant que les rapports entre les hommes ; entreprise contre laquelle sa conscience s’insurgeait mais qui semblait inscrite dans un inexorable déroulement. Cette schizophrénie et ce sentiment d’impuissance n’allaient pas sans générer de nombreux maux, que le confort, les divertissements ou les tranquillisants ne résolvaient pas tous, loin de là.

L’un aurait aimé, par exemple, que les rapports soient plus conviviaux et moins tendus dans sa vie professionnelle, mais la « réalité » qu’il pressentait (les structures de pouvoir, la compétition économique) l’obligeait à se comporter à l’encontre de ses aspirations. Comment, pour celui qui y croit, respecter les Dix Commandements dans un monde de l’entreprise où mentir, exploiter, trahir et voler sont devenues des lois ? En slalomant péniblement entre morale, peur et intérêt ?

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L’autre sacrifiait sa vie familiale à son travail, alors même qu’il croyait agir pour le bien de son foyer. Les enfants ne comptent-ils pas plus que tout ? Mais comment le manifester ?

Un troisième, engagé corps et âme dans le progrès technique, aurait souhaité que la course au profit ne le rende pas si mortifère.

Un autre enfin, croyant tirer son épingle de cette botte de foin, cultivait en public le cynisme mondain convenant à l’époque, le temps d’oublier que, seul, il aurait bien aimé jouer plus et moins se divertir.

Et tous connaissaient parfois, aux moments les plus tendres, cet élan de compassion que provoque l’indécent spectacle de la misère du monde ; ou celui, plus joyeux, que sait procurer l’espoir.

À mesure que les contradictions approchaient de leur point de rupture, les malaises devenaient des maux : crise du couple, des valeurs, des institutions, crise écologique, économique, psychologique, politique et morale. Le nouveau millénaire s’annonçait dans le chaos. Il imposait de choisir entre : – Fermer les yeux et se plonger dans le confort de la cécité pour tout oublier ;

– Regarder monter frustrations et troubles psychologiques, sans rien dire, en attendant une inexorable explosion ;

– Rester vigilant, poser des questions, chercher des réponses, ensemble, et se retrouver alors propulsé hors du nid douillet de l’habitude, pour entrer dans la tourmente d’un p,assage obligé procurant à tous alternativement le sentiment de l’angoisse, du vide et du doute, mais aussi l’intuition optimiste qu’en réfléchissant un peu, collectivement, ils pourraient s’en sortir pour aller vers un monde meilleur.

Un monde sans tracé ni carte, qu’on ne pouvait approcher par aucune religion ni pensée préconçue. Où l’on ne pouvait entrer qu’en suivant sa propre source intérieure, sa propre autorité – s’obligeant pourtant à coopérer avec les autres hommes…

Résolution des contraires:

Certains y furent propulsés sans l’avoir choisi : rencontre bénéfique – comme pour notre voyageur -, mais plus souvent : maladie grave, perte d’un être cher, revers de fortune, guerre. D’autres y entrèrent parce qu’ils cherchaient quelque chose de plus profond que tout ce que qu’ils avaient vécu jusqu’alors, et notamment de plus libérateur que les idéologies, religions, drogues ou sectes. Dans un cas comme dans l’autre, il convenait de laisser le processus se dérouler à son propre rythme, de redécouvrir un don humain fondamental : la confiance dans l’inconnu. Cette confiance qui permet de se perdre pour se refondre, de se donner d’abord pour ne recevoir que la seule joie d’avoir donné. Ne pas fuir, être capable d’affronter de face la perte de ce qu’ils croyaient être leur essence même, voilà ce que collectivement ils allaient devoir faire. Pour que le millénaire réussisse, il leur fallait trouver de nouvelles sagesses et fabriquer eux-mêmes les nouveaux guides qui pourraient les porter, les garder, les transmettre.

L’enjeu était d’importance. Les créateurs du troisième millénaire se devaient d’effectuer un véritable travail sur eux-mêmes, une action spirituelle en profondeur, tout autant qu’ils devaient mener des actions concrètes dans le monde… Seuls en seraient capables ceux qui auraient vécu eux-mêmes des bouleversements, qui auraient réussi à changer leur propre cœur.

Chacun perdu dans la masse, se sentant isolé, ils cherchaient des outils.

Et c’est ainsi que fut retrouvée la Légende.

Ainsi que ressuscita le Jeu des Jeux.

Et que naquit le Jeu du Tao.

Sources

A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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