Jung alchimiste

Un continuateur de Jung alchimiste

Étienne Perrot
. Entretien avec Jean Biès

(Revue Question De. No 23. Mars-Avril 1978)

Carl Gustav Jung est à l’origine d’un profond renouvellement de l’alchimie,
recherche spirituelle susceptible de « donner un sens à la vie »,
non pas en transformant le plomb (vulgaire) en or (vulgaire),
comme le croyaient les « souffleurs » et les « charbonneux »,
mais en travaillant sur les « métaux philosophiques »,
« notre » plomb et « notre » or, c’est-à-dire en transformant
notre opacité intérieure, notre sommeil « de plomb » en lumière et en connaissance.

Nul ne conteste plus l’importance majeure de l’œuvre de Jung alchimiste,
et pourtant cette œuvre reste étouffée et trop mal connue.
Etienne Perrot, en France, s’en est fait l’ardent défenseur,
le traducteur et le continuateur.

Jean Biès — On respire incontestablement aujourd’hui,
dans les nouvelles générations, un parfum d’irrationnel,
un goût pour tout ce qui concerne l’exploration de l’inconscient ;
et c’est là, avant tout, un phénomène qui constitue un « signe des temps »
non négligeable pour l’Occident.

 

Etienne Perrot — Plutôt que de brosser une vaste fresque,
je voudrais relever un aspect majeur de ce signe, au risque de paraître
cultiver les lieux communs, c’est celui qui a illuminé voici trente ans
le ciel d’Amérique et du Japon avant de se propager « d’Orient en Occident » :
l’éclair atomique.

J’envisage ici uniquement son aspect philosophique : en transformant
la matière en énergie, la physique rationnelle a anéanti le matérialisme,
et avec lui le rationalisme attaché au sensible et au « tangible ».

 

Cet éclatement est présent dans l’inconscient de nos contemporains.
C’est une composante importante de la psychologie des jeunes.
L’explosion extérieure a pour parallèle des tendances à l’explosion intérieure.
Et cela entraîne la recherche d’un nouvel équilibre incluant les formes énormes
mises en mouvement au-dedans.

C’est le problème de la maîtrise de l’énergie nucléaire, mais sur le plan intérieur.
Aujourd’hui, ce qui est surtout sensible, c’est le premier stade du processus :
la « désintégration ». La manifestation en a été chez nous le cri de Mai 68.

Les questions posées alors avec violence, au cours d’une sorte de psychanalyse
sauvage collective, sont restées sans réponse et ne cessent de hanter l’individu.

 

J.B. — Ces retrouvailles avec les réalités du dedans, un homme, en Occident,
et en plein XXe siècle, les a célébrées dans une ouvre capitale, très partiellement
traduite, ignorée par la critique rationaliste, je veux parler de C.G. Jung,
dont les profanes savent surtout qu’il a rompu avec Freud.

Les deux systèmes sont-ils vraiment opposés, et en quoi ?
Ne sont-ils pas aussi complémentaires?

 

E.P. — Jung n’a jamais été l’élève de Freud. Il avait derrière lui une œuvre
scientifique et jouissait d’une solide notoriété lorsqu’il a pris contact avec l’auteur
de l’Interprétation des rêves. Il l’a fait comme un savant va vers un autre savant
s’occupant du même domaine que lui. Et c’est transporté d’enthousiasme
que Freud a vu venir vers lui, au témoignage d’Ernest Jones (son élève et historien),
« de grands professeurs d’une célèbre clinique psychiatrique », celle du Burghölzli,
à Zurich… Jung répétera toujours qu’il est un empiriste, se soumettant en tout
aux faits. Dès le départ, sa position à l’égard de Freud a été nette, d’un côté,
étude fidèle des faits et coopération à ce niveau, de l’autre, refus de tout système
paralysant la recherche et déformant les résultats.

 

La rupture était inévitable, devant la volonté affirmée de Freud d’imposer
le dogme pansexualiste dont il serait le pape. On reproche souvent à Jung
de négliger la sexualité. C’est ridicule. Simplement il va plus loin.
« Nous nettoyons les écuries d’Augias, dit un jour Freud à René Laforgue,
pour que vous construisiez des cathédrales. »

Jung a réalisé l’intuition de son aîné. La démarche thérapeutique de Jung
est décrite dans sa phrase célèbre :

« La névrose est la souffrance d’une âme qui cherche son sens. »

 

Et ce sens n’est finalement ni plus ni moins qu’un accomplissement spirituel.
C’est le sens de l’homme et le sens du monde perçu dans l’homme.
C’est la lumière enfouie dans les ténèbres de notre inconscient.
C’est le dieu intérieur, le Soi jungien, conscience sise au-delà du moi.
En la laissant éclore, l’homme donne naissance au dieu qu’il porte en lui.
La voie de Jung conduit à l’incarnation de la divinité.

 

Naturellement, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Ceux-ci sont les êtres
qui s’engagent tout entiers dans l’aventure, avec loyauté, hardiesse et humilité,
c’est-à-dire acceptation de tout ce que l’exploration d’eux-mêmes fera venir
à la conscience.

 

« Ce n’est pas en regardant la lumière que l’on devient lumineux,
dit Jung, mais en plongeant dans son obscurité, ce qui est bien plus difficile. »

Il est indéniable que cette obscurité est encore largement représentée,
chez nous, par le domaine sexuel. C’est là qu’achoppent tant d’élans
« spiritualistes » vers la « sublimation ». Jung offre le moyen de celle-ci
sous forme d’intégration dans une conscience plénière.

J.B. — Quel est le but que la psychologie des profondeurs cherche à atteindre ?

E.P. — Jung distingue entre la « petite psychothérapie », qui guérit les symptômes
et rend une « bonne adaptation » à la société, et la « grande psychothérapie »
ou processus d’individuation, qui correspond à ce que nous venons de dire.

 

Au fur et à mesure que Jung avançait, ce second domaine prenait de plus en plus
d’importance dans son œuvre pour, finalement, l’occuper tout entier.
Ce changement s’est fait en deux étapes : la première c’est le corps à corps avec
l’« inconscient », soutenu par Jung de 1913 à 1918, dont il est sorti transformé ;
la seconde, c’est, autour de 1930, la découverte de l’alchimie qui lui a fourni
son langage, pour décrire ce qu’il venait de vivre et ce qu’il suivait chez nombre
de ses patients. Il avait alors cinquante-cinq ans. A partir de ce moment,
tout ce qu’il a écrit d’essentiel tourne autour de la réalisation transpersonnelle
dénommée par les alchimistes « pierre philosophale », et par l’Inde Atman.

Jung l’appelle Soi, ce qui est la traduction d’Atman. Chez lui, ce n’est pas un concept
métaphysique, mais la désignation d’un état empirique de conscience « objective »
et « juste », par opposition à la subjectivité et à l’arbitraire du moi.

Il note toutefois que le Soi révèle les attributs qu’on attache ordinairement aux
descriptions de la divinité. L’observation a conduit Jung à découvrir
la « réalité de l’âme ». Il a vu que celle-ci était grande comme l’univers.

« On m’accuse de déifier l’âme, s’écrie-t-il, ce n’est pas moi, c’est Dieu qui l’a déifiée. »
C’est « l’homme créé à l’image de Dieu ». Jung redécouvre empiriquement
les données de la « philosophie éternelle » et ouvre une voie vers leur réalisation.

Suite

Bien à chacun et à tous

Souriante journée

Merci beaucoup

flower

A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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