Taoïsme et Bouddhisme Zen

Ce texte d’un maître T’chan est un exemple
de l’influence du taoïsme sur bouddhisme zen.

La Parfaite Voie ne connaît nulle difficulté
Sinon qu’elle se refuse à tout attachement.
Ce n’est qu’une fois libérée de la haine et de l’amour
Qu’elle se révèle pleinement et sans masque.
Une différence d’un dixième de pouce
Et le ciel et la terre se trouvent séparés.
Si vous voulez voir la Parfaite Voie manifestée,
Ne concevez aucune pensée, ni pour elle, ni contre elle.
Opposer ce que vous aimez à ce que vous n’aimez pas
Voilà la maladie de l’esprit.

Lorsque le sens profond (de la Voie) n’est pas compris
La paix de l’esprit est troubléee et rien n’est gagné.
La Voie est parfaite comme le vaste espace,
Rien n’y manque, rien n’y est superflu :
C’est parce que l’on fait un choix

Que sa vérité absolue se trouve perdue de vue.
Ne poursuivez pas les complications extérieures,
Ne vous attardez pas dans le vide intérieur.
Lorsque l’esprit reste serein dans l’unité des choses
Le dualisme s’évanouit de lui-même.

Et quand l’unité des choses
N’est pas comprise jusqu’au fond
De deux façons la perte est supposée.
Le déni de réalité peut conduire à son absolue négation,
Alors que le fait de soutenir le vide
Peut résulter en une contradiction avec soi-même.

Lorsque nous poursuivons les objets extérieurs
Nous perdons la raison.
Au moment où nous sommes Illuminés en nous-mêmes
Nous dépassons le vide du monde qui s’oppose à nous
Les transformations qui se déroulent dans le monde vide
Qui se trouve devant nous semblent toutes réelles
A cause de l’Ignorance.

N’essayez pas de chercher la Vérité
Cessez simplement de vous attacher à des opinions.
Ne vous attardez pas dans le dualisme,
Evitez avec soin de le poursuivre.
Aussitôt que vous en avez le bien et le mal
La confusion s’ensuit et l’esprit est perdu.

Dans l’unité du vide les deux sont un
Et chacun des deux contient en soi
Toutes les dix mille choses,
Lorsque nulle discrimination n’est faite entre ceci et cela,
Comment une vision partiale et préconçue peut-elle surgir ?

La grande voie est calme et large d’esprit,
Rien n’est facile, rien n’est dur :
Les petites opinions sont irrésolues,
Plus elles sont hâtivement adoptées
Et plus tard elles disparaissent.

L’attachement passionnel ne reste
Jamais dans de justes limites,
Il est sûr de se lancer dans la fausse voie :
Lâchez prise, laissez les choses comme elles peuvent être,
Leur essence ne part et ne subsiste pas.

Obéissez à la nature des choses
Et vous êtes en accord avec la Voie.
Calme, détendu, exempt de tout ennui.
Mais quand vos pensées sont liées
Vous vous détournez de la Vérité
Elles deviennent plus lourdes,
Plus sombres et cessent d’être saines.
Lorsqu’elles ne sont pas saines, l’âme est troublée.

Quel avantage y a-t-il à avoir l’esprit partial et préconçu ?
Si vous désirez parcourir le chemin du Grand Véhicule,
N’ayez aucun préjugé contre les six objets des sens.
Lorsque vous n’aurez plus de préjugé
Contre les six objets des sens,
Vous vous identifierez à votre tour avec l’Illumination ;
Les sages sont non-agissants,
Alors que les ignorants s’enchaînent eux-mêmes.
Tandis que dans le Dharma lui-même
Il n’y a nulle individualisation.

Ils s’attachent par ignorance aux objets particuliers.
Ces sont leurs propres esprits qui créent les illusions.
N’est-ce pas là la plus grande des contradictions ?
L’ignorance suscite le dualisme du repos et du non-repos,
Ceux qui sont Illuminés n’ont ni attachement ni inimitiés.

Toutes les formes du dualisme
C’est l’esprit lui-même qui les invente par ignorance.
Elles sont comme des visions et des fleurs dans les airs :
Pourquoi nous mettrions-nous dans le trouble
En essayant de les saisir ?
Gain et perte, justice et injustice,
Qu’ils disparaissent une fois pour toutes !

Si un oeil ne tombe jamais endormi
Tous les rêves cesseront d’eux-mêmes :
Si l’esprit conserve son unité.
Les dix milles choses sont d’une seule et même essence.
Lorsque le profond mystère de cette essence est sondé
D’un seul coup nous oublions les complications extérieures ;
Lorsque les dix mille choses
Sont envisagées dans leur unité,
Nous retournons à l’origine de ce que nous sommes.

L’ultime but des choses,
Là où elles ne peuvent pas aller plus loin
N’est pas limité par les règles et les mesures
L’esprit en harmonie avec la Voie
Est le principe d’identité.
Dans un état de quiétude
Les irrésolutions sont complètement chassées
Et la juste foi est restaurée dans sa droiture originelle.

Rien n’est retenu maintenant,
Il n’est plus rien dont on doive se souvenir,
Tout est vide, lucide
Et porte en soi un principe d’Illumination
Il n’y a pas de tâche, pas d’effort,
Ni de gaspillage d’énergie.
Voici où la pensée ne parvient jamais,
Voici où l’imagination ne parvient pas à évoluer.
Dans le plus haut royaume de l’Essence Vraie,

Il n’y a ni Autre ni Soi,
Lorsqu’on réclame une identification directe,
Nous ne pouvons que dire  » pas deux « .
Et n’étant pas deux tout est le même,
Et tout ce qui est s’y trouve compris :
Dans les dix quartiers de la terre,
Tous les sages entrent dans cette foi absolue.

Cette foi absolue est au-delà du temps et de l’espace
Un instant y est dix mille années,
Peu importe comment les choses sont conditionnées
Que ce ne soit pas  » être  » ou  » ne pas être « ,
Tout cela est manifeste partout devant vous.

L’infiniment petit est aussi vaste que peut être l’immensité
Lorsque les conditions extérieures sont oubliées :
L’infiniment grand est aussi petit
Que l’infiniment petit peut l’être
Lorsque les limites objectives sont reléguées hors de la vue.
Ce qui est, est la même chose que ce qui n’est pas,
Ce qui n’est pas est la même chose que ce qui est :
Lorsque cet état de choses manque de se produire,
Ne vous attardez surtout pas.

Un en Tout – Tout en Un
Si seulement cela est réalisé
Ne vous tourmentez plus sur votre imperfection.
L’esprit croyant n’est pas divisé
Et indivisé est l’esprit croyant.
C’est là que les mots sont impuissants,
Car cela n’est pas du passé, du futur ni du présent.
Ainsi, nous ne pouvons pas dire « pas deux ».

Sengtsan (maître Tch’an) mort en 606.
(version tirée d’Hermès No 4 T’chan-Zen)

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A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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7 commentaires pour Taoïsme et Bouddhisme Zen

  1. Sol dit :

    Tao Te Ching

    1er verset :

    Le tao qu’on peut raconter n’est pas le Tao éternel.
    Le nom que l’on peut nommer n’est pas le nom éternel.

    Le Tao est à la fois nommé et innommé.
    En tant qu’il est innommé il est l’origine de toutes choses,
    en tant qu’il est nommé il est la Mère de dix mille choses.

    Celui qui est toujours sans désir peut voir le mystère,
    celui qui toujours désire ne voit que les manifestations.
    Le mystère est lui-même la porte de toute compréhension.

    =====================
    Ce texte est paradoxal pour nous occidentaux, mais si on réussi a comprendre que les contraires ne se contredisent pas, mais se complète, il nous est possible de comprendre bien des vérités…

    Le mystère seul l’intuition peut en approcher la compréhension.
    Les dix mille choses sont les objets scientifiquement catégorisés et nommés.
    On peut savoir la composition d’une pomme (les dix mille choses) mais on ne peut en créer une( le mystère).

    =====================

    2e verset:

    Sous le ciel tous peuvent voir la beauté en tant que beauté, uniquement parce qu’il y a la laideur. Tous peuvent connaître le bien en tant que bien parce qu’il y a le mal.

    L’être et le non-être s’engendrent l’un et l’autre.
    le difficile voit le jour dans le facile.
    Le long se définit par le court, le haut par le bas.
    l’avant et l’après vont main dans la main.

    Donc le sage vit ouvertement avec cette apparente dualité et cette paradoxale unité.
    Lle sage peut agir sans effort et enseigner sans dire un mot.
    Prenant soin des choses sans les posséder,
    il travaille, mais non pour les récompenses,
    il accepte la compétition, mais non pour les résultats.
    Quand le travail est terminé, il est aussitôt oublié.
    C’est pourquoi il dure toujours.

    ==================================

    Les contraires ne sont que des jugements issus de l’esprit humain
    dans le monde des dix mille choses.
    Il serait peut-être intéressent de combiner ce que nous percevons
    comme des contraires et a vivre une vie unifiée.

    La vertu et le péché sont des jugements de valeur qui se complètent l’un l’autre.
    Transcender le jugement conduit a la perfection du Tao qui est d’accepter
    la dualité apparente tout en voyant l’unité qui et l’ultime réalité.

    Le bien et le mal sont deux aspects d’une union.
    Quand on fait quelque chose (c’est dans les dix mille choses)
    simplement faire cette chose et quand c’est terminé c’est terminer,
    la est le mystère sans fin.

    81e Verset:

    Les paroles vraies ne sont pas élégantes, les paroles élégantes ne sont pas vraies.
    Les hommes de bien n’argumentent pas,
    ceux qui argumentent ne sont pas des hommes de bien.

    Ceux qui possèdent la vertu ne cherchent pas les défauts,
    ceux qui cherchent les défauts ne possèdent pas la vertu.

    Les sages n’accumulent pas les richesses,
    mais donnent tout ce qu’ils possèdent aux autres,
    plus ils possèdent plus ils donnent.

    Le ciel fait le bien et ne nuit a personne.
    le sage l’imite, agissant pour le bien de tous
    en ne s’opposant a personne.

    Vivre sans accumuler signifie se libérer de l’attachement
    à notre vie et à notre corps.

    N avoir pas à prononcer des paroles élégantes
    puisqu’il n’y a rien a décrire,

    il n’y a aucune raison d’argumenter,
    il est inutile de chercher des défauts
    puisque la vertu cachée du Tao
    est la seule chose qui existe.

    Comme il n’y a rien a amassé on vit dans un état de don et de soutien permanent.
    On peut partager des points de vus, mais on ne doit rien imposer.

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  2. Sol dit :

    Dans le zen,il y a deux voies praticables:
    La voie abrupte,inspirée par le bouddha Padmasambhava qui préconise une ascèse rigoureuse et permanente, permet, à l’adepte de gravir le sentier escarpé qui mène à la libération,la délivrance,d’une manière direct et continue…
    La voie moyenne inspirée par le bouddha Milarépa préconise à l’inverse,une forme de méditation plus lente et moins rigoureuse.La voie moyenne permet à l’adepte d’observer un juste milieu en tout toujours et partout.

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  3. Sol dit :

    Dans le bouddhisme tantrique, toutes les formes (Bouddhas divinité ou autres) qu’on utilise pour les exercices ne sont que des projections mentales des visualisations qu’a la fin des exercices on efface pour ne conserver que la pure lumière.

    Dans le bouddhisme zen on utilise notre corps comme appuis et on lâche prise  »tout passe » avec la pratique notre conscience peut percevoir autre chose que seul cet état de conscience nous permet de connaitre.

    Oui on peut rejoindre le côté pile et en être conscient…

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  4. Sol dit :

    « Cultive en toi ce qui te le permet. » Lao-Tseu

    Certaines polarités doivent garder leur distance pour que la vie soit possible et donc l’equilibre doit s’instaurer mais à distance c’est le cas du champ magnétique terreste qui forme un bouclier protecteur.

    En faisant ce rapprochement peut etre avons nous un double d’antimatière qui nous attend après notre mort mais nous devons peut etre trouver un vehicule intermediaire pour le rejoindre.
    Pascal parle de forme ethérée ou de corps astral, dans la bible on parle de nuée, que dit le bouddhisme?
    Si notre monde a un côté face peut on rejoindre le côté pile?

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  5. Sol dit :

    Dans l’obscurité on ne voit rien que l’obscurité, dans la lumière on ne voit que lumière, en leur rencontre on voit les deux, c’est l’équilibre ni trop sombre ni trop clair.

    La vision qu’on a du monde dépend de l’endroit ou on le regarde.

    2 + se repoussent, 2 – se repoussent,
    si on est + on est attiré par un – si on est – on est attiré par un +.

    Si entre le – et le + il y a équilibre que se passe t’il ?

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  6. Sol dit :

    Ce qui est interessant dans l’art de l’oxymore métaphorique c’est qu’on ne saisit plus rien dans la réalité du discours et que le coté obscur finit par gagner du terrain.
    Mais peut etre veut on cultiver aussi le clair obscur dans la comprehension des choses
    Avoir le détachement d’un caillou pensant va à l’encontre de la réalisation humaine qui est une force active de création.
    La matière a pris le pas dans cet univers sur l’antimatière que l’on cherche désespérément ou qui a ses lois propres. Pas sur que la réunion des deux donne cette energie infiniment stable.

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