L’esprit du Tao

L’Esprit du Tao

1

 Même lorsque la dernière étoile aura implosé
et qu’il n’y aura plus que noirceur,
le Tao sera le Tao :
néant dans le néant, silence dans le silence,
nulle part, mais partout ;
par-delà l’existence,  mais essence même de la vie.

2

Le Tao est silence que le verbe ne saurait capturer.
Le Tao est néant que même le silence
ne saurait embrasser.

3

Nous provenons du silence, nous retournons au néant.
Chaque mouvement, chaque forme entre le silence et le néant
manifeste le néant et le silence.

4

Le Tao n’a ni début, ni fin, ni passé, ni avenir.
Même ce moment est illusion.

5

Le Tao est source de tous les mots pour l’être silencieux.

6

Le Tao dote de véritable pouvoir l’être qui n’utilise point le pouvoir.

7

Le Tao emplit de pensées ces esprits non attachés aux concepts.

8

Le Tao montre la voie à qui n’a point besoin de se faire montrer.

9

Le Tao approche l’être qui a cessé sa quête du Tao.

10

Le Tao ne protège personne, mais la seule protection qui soit
est de rester près du Tao.

11

Le Tao ne veut aucun culte,
mais tout être doué de sensation devient silencieux
devant la beauté et le mystère du Tao.

12

Le Tao n’est point intéressé à enseigner
quoi que ce soit à quiconque,
mais pourtant la sagesse véritable peut être apprise par le Tao.

13

Le Tao n’a rien à donner,

mais la vie elle-même provient du Tao.

14

La véritable personne de Tao
fait preuve de compassion
sans espoir de récompense,
car elle peut trouver un trésor
et y renoncer.

15

Le courage de faire preuve de compassion
provient de l’acceptation du néant.

16

L’homme d’ignorance voit l’agitation
tremblotant devant ses yeux
comme la seule et unique réalité.
La personne proche du Tao
voit les formes se déplaçant devant elle comme étant :
vides et fugitives,
le tour de passe-passe d’un magicien,
mais intemporelles et réelles ;
tant de pensées, de simples émotions,
des rêves sans substance,
mais substance même de la vie,
inséparable du néant et du silence.

17

La pensée analytique, qui divise et dissèque,
ne satisfait point les besoins de l’âme,
car l’âme trouve la paix dans l’unité,
qui n’existe que dans le néant,
là où la pensée n’exerce nulle influence.

Pénétrer le royaume de l’âme,
c’est abandonner la pensée.
Pouvez-vous enjamber le précipice
sans savoir ce qui se trouve en contrebas ?
Ainsi commence la vie.

18

Comme les fleuves se solidifiaient
et que les montagnes se déplaçaient,
son esprit mut
et les feuillent bruissèrent dans le vent.

19

Telle la glace dérivant sur un fleuve
à la fin de l’hiver, il s’effaça dans le néant
comme il se déplaçait avec le Tao.

20

Même lorsque votre esprit s’est immobilisé,
il percute encore le néant avec fureur,
comme les dunes du désert
contre les montagnes silencieuses.

21

Après que l’ego ait péri,
le vrai soi s’élève de sa poussière
comme les fleurs du désert
après que les averses printanières
aient balayé les plaines arides.

22

La foi véritable est pleine confiance
sans compréhension :
C’est accepter le silence silencieusement.

23

Le sage ne cherche point, car il accepte le néant.
Et il n’explique point,
car le silence ne requiert aucune explication.

24

L’homme d’ignorance discute ardemment.
Le sage sourit et savoure son thé.

25

L’homme d’esprit
remporte les discussions et perd.
Le fou perd les discussions et boude.
L’homme de sagesse refuse de discuter et gagne.
La personne proche du Tao ne discute point,
parce qu’elle n’a rien à dire.

26

Le silence n’est point une forme d’ignorance,
mais demeurer silencieux peut être folie.

La verbosité est stupide,
mais les mots peuvent porter le silence.

Le sage taoïste utilise le silence
pour exprimer le silence.

27

Argumenter au sujet de l’inexprimable crée
haine et crainte.
Le sage taoïste sait seulement que le silence
apporte la compassion.

28

L’homme d’ignorance
argumente au sujet de l’indéfinissable
et détruit sagesse et compassion.
Le sage taoïste sait que l’essence  réside
par-delà les mots, et donc il préfère être silencieux.

29

Le silence du sage reflète les mots essentiels
de celui qui est prêt à l’écouter.

30

La conscience de la perfection
est le symptôme de sa perte.

Si la perfection signifie la fin du mouvement,
alors la perfection n’existe point.

La personne de sagesse
est consciente de l’imperfection perpétuelle ;
la personne en harmonie avec le Tao
trouve la force dans le changement.

31

Le Tao est imprévisible  pour qui vit tel que prévu.
Seul l’être sans ordre du jour est en harmonie avec le Tao.

32

Même dans le néant il y a encore le frisson d’un souffle.
Même dans le silence complet le vent soupire dans l’oreille.

33

Si je suis inexistant, à qui donc ce mal que je ressens
quand leur désapprobation pend au-dessus de moi comme une menace ?

Si je ne fais qu’un avec le silence, qu’est-ce qui donc en moi
murmure dans l’agonie quand ses yeux tendres deviennent de glace ?

Si je suis vide, à qui donc cet orgueil qui me tient éveillé la nuit ?

34

Pourquoi m’accroché-je à moi-même comme si j’existais vraiment ?
Je refuse d’accepter avec joie ce que j’entamerai par la souffrance.

Derrière moi, des illusions de réalité ;
devant moi, néant et silence.

35

Comme le feu avide de carburant devenant cendre dans le froid,
les croyances alimentées par l’émotion vous feront sûrement défaut
au moment où vous en aurez le plus besoin.
Le sage taoïste ignore les émotions et
ne se soucie point des convictions
commandées par l’ego.
Le sage taoïste ne se raccroche point même au silence,
car se raccrocher au silence, c’est tourner le dos au néant.

36

Qui déteste est ignorant du néant et de la beauté
qui emplissent tout être doué de sensation.
Le sage taoïste, habitant le néant,
n’a nul besoin de faire preuve de pitié,
car il n’est personne à qui pardonner.
Sa compassion ne vacille point,
car elle se fonde sur le néant.

 37

L’homme de droiture proclamera justice
et arrachera les yeux de l’aveugle pour lui faire voir.
Le sage taoïste vit en marge
des cycles impitoyables de vengeance et de haine, car il sait que
la colère dans la paix, ça n’existe point :
un moment de rage peut détruire les fruits
d’un millénaire de vertu ; seule la patience
peut guider vers la paix.

Seul un étang placide peut refléter la lune dans toute sa perfection.

L’homme de droiture souscrit à l’« œil pour œil » ;
Le sage taoïste préfère être aveugle.

38

Confus, prenant l’invention pour la réalité,
l’homme d’ignorance fulmine
lorsque confronté à l’insignifiance et la mortalité,
lesquelles ne sont qu’images dans son esprit.
Dans sa crainte, il résiste au cours normal du Tao
et se raccroche aux illusions d’immortalité et de constance.
Dans son désespoir, il refuse de retourner la lumière vers l’intérieur,
laissant son vrai moi dans l’obscurité.
Dans l’agitation constante, il est commandé par tout objet de désir
qui croise son chemin.
Dans son impuissance, il est emprisonné par les regards qui l’environnent.

Ne s’accrochant point à quoi que ce soit, le sage taoïste est à l’aise avec
ce que l’homme confus qualifie d’insignifiance,
car les illusions ne le touchent point.
Complètement détachée, la personne proche du Tao
accepte la mortalité  comme la joie et la douleur de l’arrivée et du départ.
Le sage taoïste est touché mais n’est point gouverné par les yeux qui l’entourent.

39

L’homme d’ignorance vit dans la crainte et la colère
des lois inéluctables de cause à effet.
Il tente d’éviter le Karma
comme si c’était une bête que l’on pourrait abattre.
Il rampe devant les dieux comme si leur faveur
pouvait rendre le Karma inefficace.
Le Samsara,
roue de la naissance, de la vie, de la souffrance et de la mort,
l’écrase, le laissant en lambeaux.

Le sage taoïste sait le Karma inéluctable,
mais vit hors de toute crainte, car il sait
qu’il est Samsara, et la roue ne peut s’écraser elle-même.

La personne en harmonie étroite avec le Tao
vit sans colère, car elle comprend que
le Karma n’est qu’elle-même :
il n’est rien envers quoi éprouver de la colère.

Le sage taoïste vit comme si
l’inexorable justice du Karma
et l’implacable inévitabilité du Samsara
ne le touchaient point, car il est libéré de lui-même.

40

Le fou exécute ses actes de charité à la vue de tous,
récoltant éloges et vanité, et perdant les fruits de la vertu.

L’homme de religion porte l’humilité
sur sa tête comme une couronne,
devenant la proie de la vanité.

L’homme de sagesse  évite les actes de charité publics,
sachant que seule la bonne action exécutée dans l’obscurité
apporte véritable mérite et nourrit l’âme.

Le sage taoïste, habitant le néant, ne se soucie point du mérite
et ne fait que ce que la compassion lui dicte,
indépendamment de ce que sa bonne action soit exécutée en public
ou dans la sécurité de l’obscurité.

Le vrai soi, centré dans le Tao, ne peut être lésé par les éloges
et n’a nul besoin de la nourriture de l’humilité.

Le vrai soi fait partie de l’absolu et est vraiment libre.

41

La liberté véritable, c’est vivre dans le détachement total,
libéré du désir et de l’ignorance.
C’est résider dans le silence et le néant, d’où
proviennent sagesse et compassion, en harmonie totale avec
le flot éternel du Tao.

Le sage taoïste ne se raccroche point même à la liberté.
Il est véritablement libre.

42

Est-ce que tout provient du Tao ?
Des bébés en proie à la famine,
leurs mères gonflées de chagrin ?
Des enfants-soldats, drogués,
taillant des êtres humains en morceaux ?
Des guerriers dans le ciel
infligeant la souffrance aux êtres sans défense ?
Des êtres innocents, respirant la mort,
faisant la queue pour l’abattoir ?
Cette souffrance infinie provient-elle du Tao ?
Et ces cadavres minuscules et décharnés,
une fois leur souffrance faite, retournent-ils au Tao ?

Si nous sommes vides, pourquoi répandons-nous tant de sang ?
Si la réalité est dans mon esprit, pourquoi les cadavres exhalent-ils ?

Comment puis-je polir mon miroir
quand mon manteau porte des taches de sang ?
Comment puis-je me cacher dans le néant
quand la souffrance est si réelle ?

Si la réalité est illusion,
pourquoi les cris qui atteignent mon oreille
ne s’estompent-ils point ?

Comment puis-je être en quête de paix quand
des gens sont en quête de nourriture ?

Ce n’est qu’au moment où l’on vit en harmonie avec le Tao
que vient l’harmonie.
Il n’y a point d’autre moyen.
Ce n’est qu’au moment où compassion et sagesse
coulent en abondance du néant et du silence
qu’échoue la cruauté et prévaut la pitié.

43

Le sage taoïste est éclairé tel un nouveau-né
avant que la première pensée n’infiltre son esprit vierge.
Le sage taoïste est aussi invincible qu’un jeune enfant
protégé par l’innocence.
Le sage taoïste se déplace dans le monde  mais réside dans le Tao.

 44

L’homme d’intellect recherche sens et synthèse,
et tente désespérément de dissoudre les grands paradoxes de la vie.
La personne proche du Tao – n’ayant besoin ni de sens, ni de synthèse –
vit en harmonie avec les paradoxes, car ils sont le langage imparfait de l’âme
montrant du doigt l’ineffable.

45

Le Tao est absolu et ne dépend de rien,
surtout point des prêtres et des disciples
qui transforment l’inconcevable en doctrines d’influence.

Le Tao n’est point un concept et ne peut point être répandu par des mots.
L’absolu n’a point besoin de promotion, car il est nulle part et partout.

Le sage taoïste n’a aucune mission à accomplir
et préfère être silencieux et invisible.

46

L’ignorance n’est point un manque de connaissances,
mais un manque de foi en l’inconnaissable.
L’homme d’ignorance se raccroche à la connaissance
comme si la connaissance pouvait expliquer l’inexplicable.
Le sage taoïste vit en harmonie avec le mystérieux.

47

L’ignorance est la racine de toute souffrance.

L’homme d’ignorance tente d’échapper à la souffrance
en accumulant son savoir, et ce faisant, augmente son ignorance.

L’homme de sagesse tente de trouver le sens à la souffrance
par la connaissance, et ce faisant, augmente sa souffrance.

Le sage taoïste mange des abricots en été et se tient près du feu en hiver.

48

Dans leur agitation, les gens d’ignorance tentent d’étancher
leur soif de vivre avec des objets de désir, qui, comme l’eau saumâtre,
les laisse encore plus assoiffés et plus agités qu’avant.

Accepter le néant et se faire silence apporte paix à l’homme agité,
car le Tao est comme un puits sans fond qui déborde d’eau fraîche.

49

Le sage proche du Tao disparaîtra-t-il
dans un monde où l’ego est la norme ?
Le désespoir mènerait-t-il le sage hors du Tao
si sa compassion se transformait en amertume ?
N’est-il point inévitable dans un monde gouverné par l’ignorance
que l’esprit nouveau-né devienne étranger à lui-même
avant même qu’il n’aie fait ses tout premiers pas ?
L’innocence n’est-elle point détruite par la cupidité
avant même que l’innocent n’aie eu une chance de choisir ?

Notre harmonie avec le Tao serait-elle à jamais perdue ?

Ne désespérez point.

Le Tao est en nous ; et nous sommes dans le Tao.
Il n’est point de séparation possible d’avec le Tao.

Comme la foudre embrase le ciel nocturne,
un instant d’éveil par millénaire
tiendra l’ignorance au loin.

Le Tao n’a aucun pouvoir, mais il est invincible.

Le Tao est comme l’eau vive, qui est douceur et
semble soumise à la dureté ;
mais les montagnes sont poncées et avalées par les océans.

50

Même lorsqu’on a compris l’univers dans ses moindres détails
et que l’on a découvert le mystère de la vie,
l’ignorance demeure entière si l’on ne réside point dans le néant,
d’où s’écoule toute compassion.

Même si l’on n’a aucune éducation
et que l’on ne sait point même écrire son propre nom,
on est un véritable sage taoïste pour peu que l’on réside dans le néant,
d’où s’écoule toute compassion.

51

Cesser de penser est folie quand il est question de survie,
mais plus grande folie encore est de ne point pénétrer dans le silence
là où la pensée ne fait point le poids.

Le sage taoïste pense lorsque penser est nécessaire, mais jamais ne brise le silence.

52

Le son pur de la cloche pénètre l’oreille
tant de l’homme de sagesse que du fou,
mais le sage taoïste entend l’appel silencieux et clair du Tao.

53

L’abondance et la beauté de la vallée verte et luxuriante
sont vues tant par le fermier, le poète que le guérisseur,
mais le sage taoïste voit la splendeur du Tao.

54

Les sens remplissent nos esprits de par un torrent perpétuel
de formes et de sensations
qui poussent l’homme d’ignorance à agir.
Le sage taoïste n’agit point, car il ne voit que néant et silence.

La personne en harmonie étroite avec le Tao
ignore la volition et n’est mue que par la compassion qui émane du silence.

55

L’humble personne proche du Tao diminue chaque jour.
Une fois qu’elle aura complètement renoncée à elle-même,
il ne restera plus que son vrai soi.

56

L’éveil n’est point un gain ; c’est la perte de tout ce qui est cher.
Même la sagesse et la vérité disparaissent
quand seuls le silence et le néant restent.

57

Le fou impatient traverse le fleuve déchaîné
pour être entraîné par les torrents.
L’homme de sagesse utilise la sagesse
comme astuce efficace pour atteindre l’autre rive.
Le sage taoïste a la patience d’attendre
jusqu’à ce que s’apaisent les torrents,
mais alors il ne traversera point le fleuve,
car il s’assoira sur les berges, à son aise,
admirant le parfait reflet de la lune sur les eaux silencieuses.

58

La personne en harmonie totale avec le Tao est aimable
non point pour la récompense, ni par obéissance, mais
elle est aimable parce qu’elle est aimable.

59

La personne proche du Tao ne voit aucun dessein,
n’a point de but, pourtant elle mène une vie
qui a un dessein et atteint chaque but.

60

L’homme d’ignorance a besoin de buts ;
il agit selon les plans.
L’homme de sagesse n’a point besoin de buts ;
il agit selon ses prises de conscience.
Celui qui est en harmonie avec le Tao n’agit point ;
il ne fait que ce qui vient ensuite.

61

Sans le Tao,
perdre est une manière de perdre,
vaincre est une manière de gagner.
Avec le Tao,
perdre n’existe point
et vaincre n’a point d’importance.

62

L’homme de sagesse sait que
c’est seulement
lorsqu’on dissimule sa lumière
qu’on la diffuse.
La personne en harmonie avec le Tao
ne sait point même
qu’elle a
une lumière à dissimuler.

63

Le mot véritable
n’existe point,
car le Tao
n’a
point de nom.

64

Le fou
est contrôlé par la pensée.
L’homme de sagesse
contrôle sa pensée.
Le sage taoïste
vit
dans le silence.

65

La pensée
façonne
l’homme d’ignorance.
Le sage taoïste
est formé
par silence.

66

L’homme d’ignorance se plaint et maudit
quand l’apparemment plein
s’évapore
à son contact.
L’homme de sagesse recherche furtivement
la justice dissimulée dans l’injustice.
Le sage taoïste sait que
le solide
est illusion
et que la justice
est inatteignable
là où règne la cupidité.

Le sage proche du Tao prend
désillusion et futilité
comme voie menant
à
l’éveil.

Celui qui se déplace avec le Tao
vit la vie
à chaque instant
en harmonie spontanée
avec son vrai soi
comme si la vie
était l’unique signification.

Selon la personne en harmonie totale
avec le Tao,
la signification est secondaire
et la futilité inexistante.

67

L’homme de sagesse considère l’errance
comme un vice.
La personne proche du Tao
utilise l’errance
comme vertu.

68

L’homme de sagesse façonne son destin
par de nobles pensées.
Le sage taoïste
n’a point de destin à façonner.

69

La personne en harmonie avec Tao
ignore la justice
et n’observe aucune loi :
il
est mû
par la compassion.

70

Au moment où l’on s’y attend le moins,
l’ego,
déclaré mort,
se gonflera dans l’esprit
et, l’espace d’un instant,
on semblera aussi écarté du Tao
que le ciel de la terre.

Cela ne vous est-il jamais arrivé ?
Ne désespérez point.
Laissez aller.
Faites ce qui vient ensuite.

Accepter l’échec
procure un sentiment de grande humilité
qui s’apparente à l’éveil.
L’espace d’un instant on découvre
que ciel et terre font un et
que jamais n’a-t-on été séparé du Tao.

Le sage taoïste
vit en harmonie avec l’échec
et n’échoue jamais.

71

La compassion peut servir un programme destructeur.
La sagesse peut être de petites paroles égoïstes visant à impressionner.
L’amitié peut être aussi inconsistante qu’une bulle sur une vague.
La matière se transforme facilement en poussière.
Le succès est une illusion nourrie par l’ego.
La popularité est sans substance et inconsistante.
La vie même est passagère :
une danse d’ombres sur le mur.
Pourtant toutes ces choses –
compassion,
sagesse,
amitié,
matière,
popularité,
vie –
sont vraies
dès qu’elles s’élèvent hors du néant.

72

Camouflée telle la vertu dans toute sa splendeur,
la vanité rôde,
prête à frapper et à dévorer
l’innocence.
L’homme d’ambition constitue sa nourriture de base,
fasciné qu’il est par son éclat.
L’homme de religion est la proie de la vanité,
obsédé qu’il devient par le salut.
L’homme de sagesse devient la victime de la vanité,
car il tombe en amour avec les concepts de la vertu.

La personne en harmonie avec Tao
est à l’abri de la vanité,
car elle ne se raccroche point à la vertu,
mais habite le néant
et use du silence comme bouclier.

73

L’ego est un maître terrible
à qui nous mène droit à
la détresse.
Une fois l’esprit
épuisé,
nous voilà
à jamais
perdu.

Le sage taoïste
n’a point d’ego
qui mènerait
son esprit
à l’épuisement.
Il n’est jamais trop occupé,
car il ne fuit point
son vrai moi.

74

Le désir est le carburant de l’ego.
Nul ne trouvera son vrai soi
aussi longtemps que ce feu brûlera en lui.
Même le désir de vertu
finira par le corrompre.
La véritable bonté provient du néant,
là où la pensée s’est arrêtée et
le feu s’est éteint.

75

La compassion transforme
la culpabilité en innocence
comme elle tourne le grotesque
en véritables rencontres
pointant vers l’ineffable.

Le vrai moi est aussi innocent que l’arbre,
avec ses racines ancrées dans la terre
et ses branches qui épousent le ciel.

76

L’éveil
est comparable à l’enfant
qui tend les mains vers
une bulle exquise
flottant devant lui,
comme hypnotisé
par ses reflets de lumière.
Et quand elle éclate
à son toucher,
il fixe,
surpris et émerveillé,
sa vacuité
dans l’air vide.

77

Le silence du sage taoïste
est plus puissant que
les clameurs des démagogues,
pourtant son silence ne peut être entendu
que par les êtres silencieux.

78

Lancer des insultes
au sage taoïste,
c’est comme
lancer des pierres
à un espace vide.

Le sage taoïste
ne se raccroche à rien
et ainsi
n’a rien à perdre.
Il ne peut être blessé,
car il a accepté
le néant.

79

Il est vrai que dans cette vie
la souffrance
soit inévitable,
pourtant ce n’est point chaque souffrance
qui soit inévitable.

L’homme d’ignorance
crée ses propres agonies
lorsqu’il permet à
ses désirs, sa cupidité et sa haine
de transformer la fiction habitant son esprit
en la réalité de la souffrance.

Le sage taoïste
ne souffre point
des tourments qu’inflige l’esprit
causés par
les désirs, la cupidité et la haine.
Il
évite
l’inévitable,
car son silence est complet.

Quand il fait face à l’inévitable,
le sage taoïste
souffre avec
équanimité et patience
que seule l’acceptation du néant
peut apporter.

80

L’homme de cupidité s’évertue à trouver le bonheur
comme si c’était un bien
qui pouvait être remporté ou acheté.
Il ne peut comprendre que
le bonheur n’est point un bien.
C’est une qualité spirituelle
aussi élusive que la brise qui caresse votre joue.

Les êtres qui ont trouvé
ce qu’ils croient être le bonheur,
vont s’y raccrocher désespérément
et le détruire,
comme celui qui écrase une belle fleur
en l’étreignant passionnément.

Le sage taoïste sait que :
Si le bonheur est un sentiment constant,
alors il n’existe point.
Si le bonheur est un but,
alors il va disparaître
au moment où le but sera atteint.
Si le bonheur est la satisfaction de
l’ego,
alors c’est une sorte d’enfer.

Se raccrocher au bonheur
gonfle l’ego
et
détruit la compassion.

Les gens proches du Tao
ignorent l’ego :
il n’ont point besoin de bonheur,
puisqu’ils sont en vie.

81

Servir l’ego,
c’est vénérer une fausse identité
créée par soi-même.
C’est comme un homme qui souffre d’amnésie
qui se réinvente parce qu’il
a oublié
qui il est.
C’est comme vivre dans un rêve éveillé.
Lorsqu’on s’éveille du rêve,
on découvre que
l’image dans le miroir
est l’image d’un étranger,
pourtant notre vrai moi.

À ce moment d’éveil
lorsque rêve et réalité se démêlent,
on réalise que
ce que l’on a considéré
comme étant notre vrai moi
n’a jamais existé.

Plus l’on se rapprochera pour voir l’étranger,
plus l’image dans le miroir va s’effacer
et disparaître.

L’être véritablement éclairé
regarde dans le miroir
et ne trouve
que néant
dans son reflet.

82

La personne proche du Tao
vit
sans espoir
et n’est jamais déçue.
Sa gratitude
ne connaît point
de bornes.

83

Le sage taoïste
n’est point cruel au point de
montrer l’autre joue.
Il s’en va, tout simplement.

Le sage taoïste
n’abandonne point
pour gagner.
Il refuse de se battre.

Pourtant, au sein du véritable danger,
s’il n’est point d’autre solution,
le sage taoïste
affrontera
le destructeur
tel un véritable guerrier
qui n’a rien à perdre,
car sa puissance provient
du néant.

84

Le sage taoïste
préférera perdre la face
plutôt que de manipuler autrui
pour sauver sa face.
Si l’action non-manipulatrice
ne peut le sauver,
il préférera le déshonneur.

Le sage taoïste n’est point touché
par les opinions d’autrui,
car il vit dans le néant
où la réputation n’existe point.

85

Le sage taoïste
ne se fie point
aux êtres déclarant leur sagesse,
car il sait que
la sagesse ne se promeut point.

86

Le sage taoïste
se méfie des
hautes déclarations de compassion,
car il sait que
la compassion est humble
et opère loin des regards.

87

Le sage taoïste
évite
l’homme de sainteté qui se vante,
car il sait que
le vrai soi n’a nul besoin d’éloges.

88

Lorsqu’il est incapable d’éviter
les gens qui se délectent du chagrin d’autrui,
le sage taoïste
fait ce qui vient ensuite,
sachant que
son silence est plus fort
que leur effronterie.

89

L’homme d’ignorance
se sent froid et seul
quand il pense au
Tao,
indéfinissable,

sans pitié,
au-delà de sa portée.

Le Tao
ne pleure point à ses pieds
lorsqu’il souffre.
Le Tao
ne choisit point son camp
et ne détruit point ses ennemis.
Le Tao
n’est point un ami
qui le protège et le console.
Le Tao
n’a point de visage.

Quand la tempête fait rage autour,
on est à la merci du Karma.
Même le Bouddha se mouille sous la pluie.

L’homme d’ignorance rêve d’un endroit où
le Karma aurait perdu son pouvoir,
et où ses prières
le libéreraient
des conséquences de ses actions.

La personne en harmonie avec le Tao
porte son visage à la pluie,
tremble dans la neige
et transpire sous le soleil.

90

Dans cet infini et implacable
cycle de souffrance,
la loi de cause à effet
règne en maître
et sans relâche
au-dessus de tout ;
le Karma s’impose sur chacun,
bloquant le soleil,
et pourtant son ombre ne tombe point
sur la personne marchant avec le Tao.

91

Le chêne dort paisiblement dans le gland.
L’oiseau attend dans l’œuf.
Les réalités fermentent dans les rêves.
Chaque chose et chaque non-chose,
existante et non existante,
repose, latente, dans le
Tao.
Pourtant le Tao n’a rien à voir
avec tout ça.

92

Les hommes de désespoir et d’ignorance
recherchent la paix
sur les vagues perpétuelles de l’émotion inconstante
ou dans la possession de choses.
Le sage taoïste sait que
la paix n’est
ni une condition,
ni une possession,
ni une émotion.
La paix est
néant
et
silence.

93

L’homme de sagesse se méfie des mots,
ils corrompent davantage qu’ils ne guérissent.
Il sait que
la verbosité
est obésité de l’ego,
symptôme d’ignorance.

L’homme de sagesse déclarera que,
comme la poussière sur un miroir,
les mots troublent et déforment la réalité.
Entre les mains d’êtres de mauvaises intentions,
les mots de sagesse
causent du
mal.

Le véritable sage taoïste,
aussi silencieux qu’il peut être,
n’a point peur des mots,
car il sait que
l’esprit
peut refléter la réalité,
pourtant ce n’est point une chose
et ce ne peut être contaminé par la poussière.

Le vrai soi
est aussi pur et absolu
que le Tao.
Il est dans le Tao
et le Tao est en lui.

94

Seul le silence
peut expliquer
l’inexplicable.

Qui peut penser l’impensable ?
Seul le sage en totale harmonie avec le Tao.
Pourtant sa pensée
est un acte de foi totale
au-delà des concepts.

95

Comment amener les gens à s’harmoniser avec le Tao ?
On ne peut que montrer du doigt l’invisible.
C’est comme user du langage des signes dans le noir.
Le mystère est que cela fonctionne.

96

Je vois mon reflet
dans
chaque particule de poussière.
Même la montagne a mon visage.
L’oiseau hérisse mes ailes
et l’araignée tisse ma toile.
Qui peut sentir la solitude du perroquet dans sa cage ?
Qui peut sentir la lente passion de l’escargot ?
Seul le véritable sage en harmonie avec le Tao.

97

Lorsque je te caresserai,
ton sang va certainement couler de mes veines.
Lorsque tu es affamé,
ton ventre gonflé ronge ma chair.
Le rire dans tes yeux
éclaire les miens.
Je puis voir mon visage dans le tien.
Peux-tu voir le tien dans le mien ?

98

L’homme de cupidité
considère chaque être vivant
comme un objet à exploiter pour fins de profit.
Le sage taoïste
ne voit que des êtres vivants
emplis de néant.

L’homme empli de cupidité,
transportant une hache dans son cœur,
voit dans la forêt
des objets à détruire pour fins de profit.
Le sage taoïste,
empli de néant,
considère la forêt
comme un temple intouchable
habité par des amis.

La cupidité
aveugle les gens à
la beauté du néant
inhérente
à chaque chose.
Ce n’est que dans le véritable détachement
qu’apparaissent les merveilles du Tao.

 

99

Le vainqueur devrait-il se réjouir de sa victoire
pendant que le perdant subit l’humiliation ?
Non, car le Tao
ne se soucie ni de la victoire ni de la défaite.
Le sage taoïste ne peut se réjouir
dans la gloire
qui inflige de la douleur.

100

Le riche devrait-il profiter de ses objets de luxe
au prix de la pauvreté ?
Non, car le Tao
ne se soucie point de chimères.
Le sage taoïste ne sait apprécier
ce qui se fonde sur la douleur.

101

Est-ce qu’une vie causant
de la souffrance vaut la peine d’être vécue ?
Oui, parce que la souffrance est inévitable.
Le sage taoïste vit
une vie
spontanément,
minimisant la souffrance.

102

À quoi bon l’honneur
s’il cause
humiliation ?
Le sage taoïste se moque de
l’honneur,
même si celui-ci est innocent.

103

La vérité est-elle vraiment la vérité
quand elle est rendue possible par la tromperie ?
Non, car le Tao ne connaît
ni la vérité ni la tromperie.
Le sage taoïste ne se raccroche point à la vérité,
car se raccrocher à la vérité,
c’est la trahir.

104

Les gens en harmonie avec le Tao
préfèreraient être
des traîtres
plutôt que
des héros
qui détruisent la vie
pour protéger
les fruits de la vanité.

105

Le sage taoïste ne se fie point
à la sagesse des masses.
Il croit en
la sagesse du silence.

106

Les gens en harmonie avec le Tao
n’obéissent à l’autorité
seulement
qu’aussi longtemps que leur vrai soi
leur permet de le faire.
Le sage taoïste
n’hésitera point
à payer le prix de son silence.

107

L’ignorance devrait-elle être soutenue par la foi ?
Non, car la foi se fonde sur la sagesse
au-delà des mots et des concepts.
Le sage taoïste possède
la foi
qui chasse l’ignorance.

108

Dans le monde du sens commun,
oui c’est oui,
et non c’est non.
Pour le sage taoïste,
oui et non sont identiques.

109

La connaissance fondée sur l’ignorance
diminue la peur
seulement pour la multiplier par dix.
Seul le fait d’habiter
le néant
chasse véritablement la peur.
Le sage taoïste
vit
sans peur,
comme un enfant innocent qui ignore tout du monde,
et il porte son savoir
comme si celui-ci n’existait point.
Sa foi est totale.

110

La perception comparative de la beauté
est, par essence, cruelle.
Le sage taoïste ne différencie point
beauté et laideur.
La beauté est belle
quand elle émane du
néant.

111

La créativité
fondée
sur le chagrin d’autrui
est destructrice.
La véritable créativité
émerge
du néant.

112

Le véritable sage taoïste
est inconscient
de la grandeur et de la petitesse.
Il traite pierres et dignitaires
avec le même respect.

113

Même tenter de se débarrasser de l’ego
gonfle l’ego.
La personne en harmonie avec le Tao
ignore l’ego
pendant que la compassion l’immerge
dans l’éternel courant du Tao.

114

Même la personne en harmonie avec le Tao
trouve difficile
de ne point se raccrocher à
l’utilité et l’approbation.
Pourtant,
sans hésitation,
la personne en harmonie totale avec le Tao
laissera entrer ses rivaux jaloux dans son domaine
tout en disparaissant
dans le néant et l’insignifiance.

115

L’homme de sagesse de se raccroche point
même à la vertu,
car il sait que
le fait de se raccrocher à la vertu
prouve la perte de celle-ci.
La personne en harmonie totale avec le Tao
ne se raccroche point à sa vertu,
car elle en est inconsciente.

116

Quand les gens sont proches du Tao,
la pitié est davantage préférée aux joyaux,
et ceux qui ont échoué
partagent la même table que
ceux qui ont gagné.

117

Les êtres en harmonie avec le Tao
mangent lorsqu’ils ont faim
et se reposent quand ils sont fatigués.
De leur foyer, ils ont fait un abri
et non un spectacle ;
de leurs vêtements, ils ont la protection
et non la façade.
Ils travaillent pour vivre,
et ne démontrent point de supériorité.
Ils n’ont besoin ni d’unité ni de division.
Ils prennent la parole pour communiquer
et non pour contrôler.
Ils adorent le silence.
Ils ne savent point
qui sont leurs dirigeants,
car leurs dirigeants
sont de véritables dirigeants.
Ils n’obéissent nulle loi,
pourtant n’en enfreignent aucune,
car leurs lois
sont fondées sur la compassion.
Ils dorment tels des enfants innocents,
fenêtres ouvertes
et portes déverrouillées.

118

Après la malédiction
et avant sa réaction,
la colère se dissipa dans
le néant.
Le sage en harmonie avec le Tao
ne laisse point la discorde extérieure
troubler son silence.

119

La souffrance
n’est point mère
de la beauté et de la vérité,
mais enfant de l’ignorance.
Pourtant aux yeux du sage taoïste,
vérité et beauté peuvent provenir
même de la souffrance.

120

La séparation
est
une fiction
inventée
par notre intelligence.
L’unité
entre toujours dans le cadre de notre pensée.
L’unité
semble nous transcender
même lorsque nos pensées
ont cessé.
L’unité
transcende
notre intellect
précisément parce que ce n’est point de la fiction.
Pourtant
notre vrai soi
a toujours été
en union absolue
avec tout l’univers.

121

L’homme d’ignorance est piégé
par sa pensée.
Réaliser cela,
voilà la clé
de l’éveil.

122

Les êtres voulant la paix à tout prix
chassent toute pensée de leur esprits,
s’enfermant derrière des portails d’acier,
d’où il n’est point d’issue.
Le sage taoïste a la paix
et reste détaché des pensées
qui vont et viennent
à leur guise.
Ses portails étant grands ouverts,
le sage taoïste erre
en totale liberté
peu importe là où le Tao le mène.

123

Le silence n’est point absence de pensées et d’émotions,
mais libération de l’attachement.

124

Même après qu’il ait pénétré le néant,
le parfum des fleurs du pêcher
emplira l’air
tel l’encens.

125

Même après que ses illusions à lui se soient évaporées
dans le néant,
la vision de son visage à elle
persistera,
aussi pâle qu’un lys dans l’ombre.

126

Même après qu’il soit devenu silencieux,
le chant du vent
se déplaçant à travers la forêt
fera doucement écho
dans son oreille.

127

Alors que le calme se réinstallait,
ses pensées revenaient sur la pointe des pieds,
comme des invités appréhensifs,
timidement,
prêts à quitter
au moindre signe de désapprobation.

Tels des intrus craignant la lumière,
ses émotions négatives s’éloignèrent,
honteuses,
comme elle les nommait par leur nom.

À la fin,
chaque indésirable invité parti,
elle était
sereine,
bordée de
néant
et de
silence.

128

L’homme de sagesse
altère les vilaines pensées.
La personne à la recherche d’éveil
embrasse
les bonnes pensées.
La personne en harmonie totale avec le Tao
ne s’accroche point
même aux bonnes pensées.

129

Désirer, c’est obtenir.
Aspirer, c’est accomplir.
Le sage taoïste
ne désire
ni n’aspire,
pourtant il ne laisse rien inaccompli.

130

Aux yeux de l’homme d’ambition,
joie et désillusion
se succèdent douloureusement.
Le sage taoïste
ne peut être désillusionné,
car il ne porte en lui
ni ambition ni illusion.
Dépourvu d’espoir,
il vit
tel celui qui est empli d’espoir.
Sa joie découle du néant.

131

Si le regard est fixé sur la forme, l’essence disparaît.
Si l’attention est centrée sur le néant, la forme s’efface.
Le fou confond forme et essence.
L’homme de sagesse connaît la différence.
Le sage taoïste considère
forme et essence comme
identiques.

132

Forme et néant sont interdépendants,
et pourtant identiques.
Son et silence sont différents,
et pourtant les mêmes.
Le sujet et l’objet existent,
et pourtant ils n’existent point.
Chaque chose est dans toutes choses,
toutes choses sont dans chaque chose.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés,
pourtant nous nous connaissions
avant même que le temps n’existât.
Savoir cela apporte la paix.
Accepter ce grand mystère est un véritable éveil.

Désespérez-vous
lorsque ce mystère
semble bloquer votre voie ?
Ne vous en faites point.
L’éveil vient quand il vient.
Il est dans les brins d’herbe
que vous avez piétinés.
On ne peut se rendre à lui, mais il va venir à nous.

133

L’homme sincère d’ignorance
tente vainement de réduire son ego,
mais son ego ne fait que s’accroître.
L’homme de sagesse
ignore son ego
et se met au service d’autrui sans égoïsme,
pour que son moi,
privé de pensées,
disparaisse.
La personne en harmonie totale avec le Tao
n’a point d’ego,
car elle a pénétré
le néant
et vit
avec compassion.

134

L’homme noble d’ambition
glorifie les visions
et intronise les idéaux
en son cœur.
L’homme de sagesse
se méfie des visions
et sait que même les idéaux les plus nobles
peuvent être corrompus.
La personne en harmonie avec le Tao
ne fait confiance
qu’au néant
et
au silence.

135

L’homme de sagesse
contrôle le soi
pour se renforcer.
La personne unie au Tao
ignore le soi
et
préfère être faible.

136

La victoire revient à
l’homme de cupidité.
Le sage taoïste préfère la défaite.

137

L’homme de sagesse entretient les pensées justes
dans le but de se maîtriser
lui-même.
Le sage taoïste ignore les pensées
afin d’éviter de contrôler
quiconque.

138

Les victoires obtenues grâce aux pensées justes
laissent troublé l’homme de sainteté,
qui craint un moment de défaillance
pouvant les faire reculer
dans les affres de l’arrogance et de la médiocrité.
Le sage taoïste dort à poings fermés,
car il habite le néant,
là où il n’est rien à gagner, rien à perdre.

139

L’homme assoiffé de sainteté
utilise les mots
pour créer des images de ses dieux,
et confond
foi
avec
fierté
en ses propres inventions.
Le sage taoïste
évite les mots
et
fait confiance au silence,
sachant fort bien que
le Tao transcende les concepts.

140

L’homme de religion
souvent se déclare détenteur de
la Vérité ;
ce faisant, il se crée du pouvoir
pour lui-même.
La personne proche du Tao
ignore le pouvoir,
car elle sait que
la vérité n’a point de nom.

141

L’homme d’ignorance a besoin de règles et d’objectifs.
L’homme de possessions a besoin de biens et de plaisir.
L’homme de religion a besoin de dogmes et de pouvoir.
Le sage taoïste
mange quand il a faim
et dort quand il est fatigué.

142

Un monde confus met souvent sur le même pied
bonheur et influence.
Pourtant
le bonheur
est
une qualité cachée,
et
l’influence
est
la voie de la misère.

143

L’homme de sagesse demeure calme pour gagner en puissance.
Le sage taoïste est serein
car
la puissance ne l’intéresse point.

144

La personne assoiffée de béatitude
donne de la nourriture aux pauvres
pour sauver sa propre âme.
Le sage taoïste
donne de la nourriture aux pauvres
car il ne les veut point affamés.

145

Le sage taoïste
est un enseignant sincère,
car il ne trahit point son vrai soi.
On peut lui faire entièrement confiance,
car il n’aime ni ne hait.
Il semble distant et sans pitié,
pourtant son silence
se tourne vers le Tao.

146

Quand l’on regarde de près,
on ne trouve rien.
L’existence est une illusion ;
le néant est réel.
Pourtant existence et néant
sont
identiques.

147

Se tourner vers le néant
pour échapper à la réalité,
c’est se détourner de son vrai soi.
Se perdre dans la réalité pour échapper au néant,
c’est devenir victime d’une illusion.
Comme un être en proie à la noyade qui se cramponne à une branche imaginaire,
la mort dans le torrent est assurée.

148

Il n’est point d’unité
dans un monde de différentiation.
L’unité réside
là où elle n’est point nécessaire.

149

Se détacher de la sagesse est sage ;
rejeter la sagesse, toutefois, est stupide.

150

Les êtres de foi possèdent du pouvoir,
mais ne s’en servent jamais.
Seuls les faibles usent du pouvoir.
Les êtres de douceur sont bénis,
car ils vivent en harmonie avec le Tao.

151

Perdre parce qu’on est incapable de gagner,
voilà l’échec.
Perdre parce que l’on n’a point envie de gagner,
voilà la victoire.
Pourtant le véritable sage
n’y verrait point de différence,
car il ne rivalise avec personne.

152

L’homme de sagesse
porte le mépris
avec grâce,
sachant fort bien que
les mauvaises langues
sont les meilleurs des enseignants.
La personne en harmonie avec le Tao
ne rembourse point le mépris
avec de la grâce,
mais avec
un désintérêt
digne de compassion.

153

Même au cœur
de foules agitées,
la brise délicate caresse sa joue.
Même lorsque la cupidité
contrôle toutes émotions,
elle est délicatesse et douceur.
Même dans l’épais brouillard,
elle entrevoit l’éclat d’un coucher de soleil.
Même lorsque la violence
vibre dans l’esprit des gens,
elle enjambe
délicatement
les fourmis
qui croisent son chemin.

154

Sur son lit de mort,
sa famille en pleurs,
il est serein,
car il sait que
la Mort,
telle
la Vie,
est illusion :
il n’est point de début, point de fin.

Il n’y a que le courant infini du Tao.

L’homme de Tao n’a pas peur,
car il marche avec le Tao.

155

Le Tao est sans pitié,
pourtant toute compassion en découle.

156

Pourquoi suis-je seul
quand on se réjouit ?
Pourquoi ne puis-je sangloter
quand on pleure ?
Pourquoi le rythme
de leur musique ne m’émeut-il point ?
Pourquoi suis-je le seul à percevoir
la noirceur dans leur lumière ?
Pourquoi suis-je seul à désespérer quand
on déborde de triomphe ?
Pourquoi cette nourriture porte-t-elle ce goût
de larmes ?

157

Si le sage taoïste
a le pouvoir
des êtres qui se meuvent en harmonie avec le Tao,
pourquoi évite-t-il toute compagnie ?
N’a-t-il point appris à composer avec les hommes ?

158

Si le sage taoïste
est proche du Tao
au point de rester indifférent au danger,
pourquoi avance-t-il parmi les gens
comme s’il traversait une rivière dangereuse ?

159

Si le sage taoïste
connaît toutes les réponses,
pourquoi ne répond-il point aux questions
et demeure silencieux ?

160

Si le sage taoïste
est efficace
au point d’atteindre chaque objectif
sans avoir d’objectifs,
pourquoi se satisfait-il de si peu ?

161

Si le sage taoïste
est détaché,
contrôlant ses propres émotions et pensées,
pourquoi pleure-t-il
quand il voit un enfant sans pieds ?

162

Si le sage taoïste
est d’une telle importance
aux yeux du monde de l’âme,
pourquoi semble-t-il si insignifiant
parmi les êtres importants en ce monde ?

163

Si le sage taoïste
est impassible
et tellement en contrôle de lui-même,
pourquoi reste-t-il silencieux quand il devrait parler,
et pourquoi parle-t-il quand il devrait rester silencieux ?

164

Si le sage taoïste
est tellement développé au niveau spirituel,
pourquoi préfère-t-il
la compagnie d’hommes d’humilité ?

165

Si le sage taoïste
connaît tellement le monde,
pourquoi semble-t-il si perdu
parmi les êtres chics et sophistiqués ?

166

Si le sage taoïste
est empli de sagesse et de Tao,
pourquoi passe-t-il inaperçu
dans le monde ?

167

Si le sage taoïste
ne fait qu’un avec l’univers,
pourquoi va-t-il dans le monde
tel un étrange invité ?

168

Si le sage taoïste
est tellement sage,
pourquoi a-t-il l’air aussi idiot
parmi les êtres reconnus pour leur perspicacité ?

169

Si le sage taoïste
est éveillé,
pourquoi se meut-il dans la lumière
comme s’il se trouvait dans l’obscurité ?

170

Si le sage taoïste
est sage et serein,
pourquoi semble-t-il submergé de doutes ?

171

Si le sage taoïste
habite le néant et le silence,
pourquoi sa chair pourrit-elle
comme la vôtre et la mienne ?

172

Si le sage taoïste
est empli de compassion,
pourquoi est-il disparu dans la nature,
pour ne plus jamais réapparaître ?

173

Le sage en harmonie avec le Tao
est invisible
dans un monde de cupidité,
et d’une insignifiance totale parmi
les êtres assoiffés de pouvoir.

L’homme d’ambition
ne peut s’empêcher de considérer avec mépris
l’homme d’humilité proche du Tao,
car son absence de buts
est folie
aux yeux de l’homme à agenda.

Le sage taoïste
ignore le pouvoir
et ne se plaint point
lorsqu’il a à payer le prix
du néant.

 

174

J’ai si envie du Tao,
tel un enfant affamé
du sein de sa mère.
Mais maintenant que je suis sevré,
que règne la perspicacité
et que mon esprit
m’isole
du reste,
je suis tel un perroquet qui s’ennuie,
enfermé dans sa cage,
mimant les sons
produits par mes ravisseurs,
au lieu d’appeler
la personne que j’aime.

175

Après la fin
et avant le commencement,
nous explorions les étendues désertes et silencieuses.
D’un horizon à l’autre,
nous n’avons vu que
néant,
et nous sûmes :
nous avions toujours été,
nous n’avions jamais existé.

176

Si elle est un pur produit de survie,
pourquoi alors ne jubile-t-elle point dans la victoire,
mais pleure avec le perdant ?
Ah, cher ami, ne comprends-tu donc pas ?
Ce que tu appelles survie est cruauté.
Son royaume est celui de l’âme,
là où survie est défaite.
Elle n’apparaît qu’une seule fois aux mille ans,
mais chacun s’abreuve
à son puits sans fond.

177

Même dans le sommeil
je cherchais son visage,
comme un obsédé,
et quand il devint clair
que jamais je ne réussirais,
et que je cessai de chercher,
elle apparut
non point dans la gloire mais sans trace,
et je vis mon soi dans son visage.

178

Le Tao est inatteignable
pourtant il est humble
et plus près de nous
que notre propre esprit.

179

Même une fois qu’elle ait été
torturée, déchirée, dénigrée
et qu’elle puisse sentir sa propre putréfaction,
son vrai soi
demeure
aussi immaculé, pur et innocent
que le Tao.
Bien qu’elle ne puisse échapper au Karma,
les inexorables lois de cause à effet,
la souffrance ne pénètre point
son paradis de silence et de néant,
là où
les lys
purs et beaux
s’élèvent de
l’humus de la putréfaction.

180

Si le Tao est silence,
pourquoi les mots de sagesse
pénètrent-ils les esprits
des êtres proches du Tao ?

181

Si le Tao est néant,
pourquoi les êtres proches du Tao
débordent-ils
de joie de vivre ?

182

Si le Tao ne se soucie point de nous,
pourquoi tous ces êtres
qui se meuvent en harmonie avec le Tao
sont-ils si bénis ?

183

Si le Tao ne supporte personne,
pourquoi le sage taoïste
possède-t-il le courage
du tigre ?

184

Si le Tao est sans pitié,
pourquoi les êtres
en harmonie avec le Tao
sont-ils emplis
de compassion ?

185

Si le Tao est mystérieux,
pourquoi les êtres proches du Tao
voient-ils si clairement ?

186

Si le Tao est inatteignable,
pourquoi je sent son souffle sur ma joue ?

187

Regarde autour et vois !
Le monde regorge de Tao infini !
Tout provient du Tao
et retourne au Tao.

Il n’est ni cruel, ni sympathique.
Il est vague, et pourtant clair.
Vois sa beauté dans le coucher de soleil !
Il danse avec le vent
et rit avec les nuages.
Son silence fait écho à travers les vallées.
Il n’est rien, il n’est nulle part,
et pourtant il est tout et partout.
Il n’existe point
et pourtant il a toujours été.
Il ne te connaît point,
et pourtant il te touche chaque jour.

Voilà le Tao,
Mystérieux et Beau.

188

Dans le néant
cela est clair :
le Tao est le Tao.

Comment le sais-je ?
C’est le silence
qui me le dit

Sources

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A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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