La Princesse et la Grenouille

La Fille du Roi et la Grenouille.

Conte de Grimm.

Il y a très longtemps, en des temps que je pourrais qualifier maintenant d’anciens, mon maître nous racontât l’histoire de la Princesse et de la Grenouille.

Nous venions de terminer une fastidieuse retraite de méditation, en silence et à la faveur de notre concentration ainsi renouvelée, il choisit un soir, où également épuisés nous n’avions plus guère le choix que de l’écouter, mi attentifs, mi amusés, mais nous restions là, sagement à écouter.

Je m’étais allongée, la tête reposant sur mon coussin de méditation, mes jambes, il faut le dire, avait souffert des premiers efforts d’une pratique soutenue.

Je venais de rencontrer mon maître, un long chemin s’ouvrait devant moi et cette histoire il l’avait longuement préparée. C’est du moins ce qui m’apparût quand, alors qu’il racontait, il m’observait , me souriait, et m’observait à nouveau…

Je faisais un peu semblant de dormir, car cette histoire bien sûr, je la connaissais, mais qu’avait-il ainsi à me regarder. L’énergie dans la pièce était douce, enveloppante et sereine cependant que je ressentais un vif fond de tristesse. Avait-il déjà perçu que ma balle s’était glissée au fond du puits, alors que je croyais, insouciante et inconsciente, m’en divertir encore et encore, la soulevant légère et lumineuse sans cesse au travers des airs.

Je le revois encore assis sur son zafou, il me regardait, plein de compassion. Je crois me rappeler qu’il semblait m’inviter. Oui, je pouvais retrouver ma balle, il allait m’aider. Il me fallait descendre et descendre encore tout au fond du puits, avec lui, oublier les belles envolées de ma balle dorée, et un jour je comprendrais…

Voici donc l’histoire, telle qu’à peu près il nous la racontait :

« Dans des temps très anciens, alors qu’il pouvait encore être utile de faire des voeux, vivait un roi dont toutes les filles étaient belles. La plus jeune était si belle que le soleil, qui en a cependant tant vu, s’étonnait chaque fois qu’il illuminait son visage.

Longtemps bien sûr à cette histoire j’ai repensé et si j’en mesure maintenant toute la profondeur, toute la pertinence, je le dois également à maints et maints signes sur ma route qui me l’a rappelée.

Sans aller dans les détails personnels de ma vie, je peux maintenant attester que cette histoire qui semble banale à plus d’un titre recèle à elle seule un sens et un éclairage extrêmement profond sur ce que Jung appelle le travail sur l’ombre, sur le travail que nous pouvons faire aussi dans notre méditation, sur notre tendance tenace et profonde à vouloir rejeter ce qui nous effraie, ce qui nous semble laid, mauvais et peu digne d’intérêt et lui préférer le plaisir, la légèreté et la facilité.

Un des aspects de tout travail psychologique et spirituel est de rester en contact avec toutes les parties à l’intérieur de nous, en particulier celles que nous rejetons, de rester conscients que plus nous les évitons, moins nous leur donnons de soin et d’amour, quotidiennement, plus elles se montreront sous leurs traits les plus vils, les plus grossiers et repoussants.

Cette très belle histoire de la Princesse et de la Grenouille  est une merveilleuse métaphore de tout le travail qu’il est possible de faire en chacun de nous tous,  pour peu qu’on s’en donne la peine et qu’on sache écouter la voix de l’amour et de la sagesse tapie au plus profond de nous.

Le palais du roi, le jardin enchanté, la balle dorée :


Le palais, le jardin et la balle dorée, jeu favori de la princesse représentent nos habitudes et conditionnements fortement ancrés et ancestraux, pourrait-on dire, notre tendance profonde à rechercher le plaisir, la facilité, la légèreté,  tout ce qui nous paraît facile et agréable, à être attiré par  tout ce qui nous éloigne de l’expérience de la douleur, de la souffrance et du déplaisir.

Cependant comme nous le verrons plus tard, la balle dorée représente à la fois notre esprit dans sa mobilité et sa flexibilité, mais aussi et surtout notre capacité à voir les choses plus en profondeur et en particulier notre liberté et notre pouvoir de vision et de transformation personnel.

Le palais et le roi ici représente à la fois les conditionnements et habitudes, mais il représente aussi la sagesse à l’intérieur de chacun de nous, cette voix à l’intérieur de nous qui souvent nous guide et nous montre, des fois de manière ferme et impérieuse, l’attitude juste, noble et compassionnée à adopter lorsque nous sommes face à un dilemme et une situation ou des sentiments lourds et pénibles.

La forêt, la fontaine, la grenouille :


Poussée vers la forêt et la fontaine afin de pouvoir s’y rafraîchir, la princesse s’éloigne ainsi du domaine sécurisant et insouciant du roi son père et c’est là, à l’ombre des grands arbres qu’elle fait la rencontre avec la perte, le chagrin et la douleur.

Cette balle si légère, si mobile, si docile vient se trouver prisonnière dans l’eau de la fontaine, « si profonde qu’on n’en voyait pas le fond ». Comme dans beaucoup de contes, la forêt « grande et sombre » représente notre inconscient, cette part de notre psyché que nous appelons aussi l’ombre, dans laquelle se tapient toutes sortes de gnomes, de sorcières, d’êtres vils et repoussants, tous ces êtres que nous prenons soin d’ignorer et de rejeter car ils nous effraient et nous inspirent de la répulsion et de la haine.

Mais la petite grenouille, le cœur plein d’amour et d’empressement, plonge tout au fond de la fontaine, car elle sait qu’en lui ramenant son jouet favori, elle a le pouvoir aussi de faire de la princesse non plus une enfant, mais un être aimant et mature et c’est tout naturellement qu’elle lui demande en échange de l’aimer, de la faire manger dans son assiette et la laisser dormir dans son lit.

Elle aurait pu se contenter juste de quelques moments de jeu, dans le jardin avec sa nouvelle compagne. Non, elle lui demande l’impossible, dans les actes de la vie les plus banaux et quotidiens, comme boire, manger, dormir et la petite princesse a bien vite fait d’oublier sa promesse car elle reste persuadée que la grenouille n’a que faire d’un humain comme elle. Mais la grenouille elle n’a pas oublié, et c’est d’un pas décidé qu’elle revient vers le palais du roi. A chacun des refus de la princesse, de la laisser manger à même son assiette, de la laisser boire à son verre, on le voit, le roi son père intervient et la somme de tenir sa promesse. A bout de nerfs, la jeune princesse « craque » et projette violemment la vilaine grenouille contre le mur de sa chambre et c’est dans ce moment de rejet et de colère ultime que le « miracle » se produit, quand à moitié assommée la grenouille se transforme en un merveilleux prince charmant et ainsi « il en fut fait selon la volonté du père de la princesse. ».

Ainsi c’est au paroxysme de la haine et de colère, sous l’effet du désir et l’empressement obstiné de la grenouille et du commandement de son père que la jeune princesse s’ouvre enfin à la réalité de l’amour, et de la compassion.

Cette belle histoire nous montre que derrière tout objet de rejet et de dégoût se cache en réalité, si nous faisons l’effort de nous y ouvrir plus profondément, une riche et magnifique occasion de guérison et de transformation  intérieure. C’est au prix de beaucoup de courage et de sagesse que nous parvenons à libérer notre cœur de toutes les entraves que représentent à l’intérieur de nous nos propres désirs, nos rejets et nos dénis. C’est en écoutant la voix de la sagesse et de l’intuition que la princesse peut enfin se sentir libre et mature et ainsi ouvrir son cœur à sa véritable dimension, celle de l’amour.

Le valet Henri et les cercles de fer 

Le titre original de ce conte est le roi grenouille ou Henri de fer.

L’histoire se termine sur le départ du prince et de la princesse vers leur nouveau royaume.

Ils sont accompagnés durant leur voyage par le fidèle valet Henri. Celui-ci, nous raconte l’histoire, » eût tant de chagrin de voir son seigneur transformé en grenouille par la méchante sorcière qu’il s’était fait bander la poitrine de trois cercles de fer pour que son coeur n’éclatât pas de douleur. »

A plusieurs reprises, en cours de route, « on entendit des craquements et le prince crut encore que la voiture se brisait. Mais ce n’était que les cercles de fer du fidèle Henri, heureux de voir son seigneur délivré. »

Lorsque nous ne pouvons pas ouvrir notre cœur à la dimension de l’amour, et que pour ainsi dire nous nous « blindons » afin de ne pas ressentir les affres du chagrin et de la douleur, nous faisons comme le fidèle Henri, nous nous bandons la poitrine de trois cercles de fer qui représentent ici les trois poisons décrits dans la tradition bouddhiste que sont l’ignorance, le désir/attachement et la haine/aversion.

Nous verrons dans le modèle du Diamant, dérivé de l’ennéagramme que ces trois poisons correspondent aux trois centres vitaux, le centre de l’instinct et des conditionnements (le palais du roi), le centre du désir et de l’attachement (le jardin, la balle et le jeu), et le centre de la haine et de l’aversion (la grenouille).

La balle dorée symbolise le pouvoir de vision et de libération en chacun de nous, pour peu que nous la laissions disparaître et descendre au plus profond de nous-même, là où justement nous pensions la perdre à tout jamais.

Mais laissons là maintenant la princesse  » si belle que le soleil, qui en a cependant tant vu, s’étonnait chaque fois qu’il illuminait son visage ».

Et la balle ? Ne cherchez pas. Plus dorée et lumineuse que jamais, c’est au fin fond de son coeur qu’elle s’est posée et nul de pourra plus la déloger ! 

 

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 Sources

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Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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