Processus de cristallisation

Vous ne réalisez pas votre propre situation. Vous êtes dans une prison. Tout ce que vous pouvez souhaiter, si vous êtes un homme sensé, c’est d’y échapper. Mais comment s’échapper ? Il faut creuser un tunnel sous la muraille. Un seul homme ne peut rien faire. Mais supposons qu’il y ait dix ou vingt hommes; s’ils travaillent chacun à leur tour et qu’ils se couvrent mutuellement, ils peuvent terminer le tunnel et s’enfuir.

En outre, personne ne peut s’échapper de la prison sans l’aide de ceux qui s’en sont enfuis avant. Eux seuls peuvent dire comment la fuite est possible, ou envoyer des outils, des limes ou d’autres choses nécessaires. Mais un prisonnier isolé ne peut trouver ces gens ni entrer en contact avec eux.

…Il faut comprendre que l’essence de l’homme, dans la vie et dans la mort, si elle existe après la mort, peut être de qualité très différente. L’ « homme-machine » pour lequel tout dépend des influences extérieures, à qui tout arrive, qui est d’une manière à un moment et autrement le moment d’après et encore un autre le moment suivant, n’a aucun avenir: il est enterré et c’est tout. Ce qui est poussière redevient poussière. Cela s’applique à lui.

Afin de pouvoir parler d’une quelconque vie future, une certaine cristallisation est nécessaire, une certaine fusion des qualités intérieures de l’homme, une certaine indépendance par rapport aux influences extérieures. S’il y a dans l’homme quelque chose qui permette de résister aux influences extérieures, alors cette chose doit aussi pouvoir résister à la mort du corps physique…

La fusion, l’unité intérieure, s’obtient au moyen de la ‘friction,’ par la lutte entre le « oui » et le « non » dans l’homme. Si un homme vit sans lutte intérieure, si tout se produit en lui sans qu’il y ait d’opposition, s’il s’en va où il est attiré ou poussé par le vent, il restera tel qu’il est. Mais s’il y a lutte à l’intérieur de lui-même, en particulier si cette lutte est orientée, alors, peu à peu des traits permanents commencent à se former, il commence à « cristalliser ». Mais la cristallisation peut se faire sur une bonne base ou sur une mauvaise base. Sur une mauvaise base il peut aisément y avoir « friction » : la lutte entre le « oui » et le « non ». Par exemple, une croyance fanatique en une quelconque idée, ou la peur du “péché” peut provoquer une lutte terrible et intense entre le « oui » et le « non », et on peut cristalliser sur ces bases. Mais il s’agit là d’une cristallisation erronée et incomplète. Un tel homme n’aura pas la possibilité de se développer. Pour rendre possible un développement ultérieur il doit se refondre et ceci ne peut s’accomplir qu’au prix de terribles souffrances.

La cristallisation peut se produire à partir de n’importe quelle base. Prenons pour exemple un brigand ; un bon brigand authentique. J’ai connu de tels brigands dans le Caucase. Il peut rester embusqué avec son fusil derrière une pierre près du chemin, sans bouger pendant huit heures.

Pourriez-vous faire cela?

Mais pendant tout ce temps, se déroule en lui une lutte. Il a soif et chaud, et les mouches le tourmentent, mais il reste immobile. Autre exemple, celui d’un moine. Il a peur du diable. Toute la nuit il cogne sa tête sur le sol et prie. C’est ainsi que la cristallisation se produit. C’est ainsi que les gens peuvent produire en eux-mêmes une énorme force intérieure; ils peuvent endurer des tortures; ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent. Cela signifie alors qu’il y a en eux quelque chose de solide, quelque chose de permanent. De telles personnes peuvent devenir immortelles. Mais quel est l’avantage ? Un homme de cette sorte devient une « chose immortelle » bien qu’un certain degré de conscience soit parfois encore présent en lui. Mais même cela, il faut s’en souvenir, ne se produit que très rarement.

De quelle manière suscite-t-on en soi une lutte entre le “oui” et le “non”?

Il faut le sacrifice.

Si on ne sacrifie rien, on n’obtient rien. Et il est nécessaire de sacrifier quelque chose qui est précieux à ce moment, il faut sacrifier pendant longtemps et sacrifier beaucoup. Mais pas pour toujours, cependant. Ceci doit être compris, parce que, souvent, on ne le comprend pas. Le sacrifice n’est nécessaire que pendant la durée du processus de cristallisation. Quand la cristallisation est achevée, renoncement, privations, et sacrifices ne sont plus nécessaires.

[Ouspensky, 1949, 1977]

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A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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