Ces «Moi»

Bien que la doctrine du «Moi» pluralisé n’est pas nouvelle et a été enseignée au Tibet par de véritables Clairvoyants, en occident, elle a été davantage popularisé par les enseignements de Gurdgieff, Ouspensky. Mais selon, une des plus belle explications se retrouve dans Gnosis, tome 1 de Boris Mouravieff.

«Dans la civilisation occidentale, la vie intérieure de l’individu  avec toute sa richesse se trouve reléguée à l’arrière-plan de l’existence. L’homme est tellement pris dans l’engrenage de la vie mécanisée qu’il ne lui reste plus le temps de faire halte, ni la puissance d’attention nécessaire pour tourner vers lui-même son regard mental. L’homme passe ses jours, absorbé par les circonstances. L’immense machine qui l’entraîne tourne sans arrêt et lui interdit de s’arrêter, sous peine d’être broyé. Aujourd’hui comme hier, et demain comme aujourd’hui, il s’épuise dans cette course effrénée, lancé dans une direction qui, somme toute, ne le mène nulle part. La vie passe presque inaperçue, rapide comme un trait de lumière, puis, toujours absent de lui-même, l’homme tombe, englouti.

Quand on demande à celui qui vit sous cette pression constante de la vie contemporaine de tourner vers lui-même son regard mental, il répond généralement qu’il n’a pas le temps de se livrer à un tel exercice. Si l’on insiste et qu’il acquiesce, dans la plupart des cas il dit qu’il ne voit rien. Brouillard. Obscurité. Dans des cas plus rares, l’observateur rapporte qu’il aperçoit quelque chose qu’il ne saurait définir, car cela change tout le temps.

Cette dernière observation est juste. En effet, tout change en nous et à chaque instant. Il suffit du moindre choc extérieur, agréable ou désagréable, heureux ou malheureux, pour que notre contenu intérieur prenne un aspect nouveau.

Si nous poursuivons sans parti pris cette observation intérieure, cette introspection, nous constatons bientôt, non sans surprise, que notre Moi, dont nous sommes habituellement si fiers, n’est pas toujours égal à lui-même : qu’il change. Puis, l’impression se précise; nous commençons à nous rendre compte qu’en fait, ce n’est pas un homme unique qui vit en nous, mais plusieurs, dont chacun a ses propres goûts, ses aspirations propres et poursuit ses propres fins. Soudain, nous découvrons en nous-mêmes tout un monde plein de vie et de couleurs que hier encore nous ignorions presque entièrement. En poursuivant l’expérience, nous distinguons bientôt dans cette vie en perpétuel mouvement trois courants : celui de la vie pour ainsi dire végétale des instincts, celui de la vie animale des sentiments, enfin celui de la vie proprement humaine que caractérisent la pensée et la parole. C’est un peu comme s’il y avait trois hommes en nous. Mais le tout est enchevêtré de manière inouïe.

Nous apprécions alors la valeur de l’introspection comme méthode de travail pratique permettant de se connaître et de rentrer en soi. Au fur et à mesure que nous progressons, nous nous rendons toujours mieux compte de la situation réelle dans laquelle nous nous trouvons. Somme toute, le contenu intérieur de l’homme est analogue à un vase rempli de limaille à l’état de mélange par action mécanique. Si bien que tout choc subi par ce vase provoque un déplacement des parcelles de limaille. C’est ainsi que la vie réelle échappe à l’être humain, du fait du changement constant de sa vie intérieure.

Cependant, comme nous le verrons plus tard, cette situation insensée et dangereuse peut être modifiée de manière favorable. Mais cela demande du travail, des efforts conscients et soutenus. L’introspection poursuivie inlassablement a pour conséquence une sensibilisation intérieure. A son tour, cette sensibilisation intensifie l’amplitude et la fréquence des mouvements lors du déplacement des parcelles de limaille. Ainsi, les chocs auparavant inaperçus provoqueront désormais de vives réactions. Ces mouvements, par leur amplification continue, pourront entraîner entre les parcelles de limaille un frottement d’une telle intensité qu’un jour on pourra sentir le feu intérieur s’allumer en soi.

Mais il ne faut pas que ce soit une simple flambée. Et il ne suffit pas non plus que le feu couve sous les cendre. Un feu vif, ardent, une fois allumé, doit être soigneusement entretenu par la volonté d’affiner et de cultiver la sensibilité.

S’il en est ainsi, notre état peut changer : la chaleur de la flamme pourra provoquer en nous la soudure.

Désormais, le contenu intérieur ne formera plus un amas de parcelles de limaille; il formera bloc. Les chocs subis ne pourront plus provoquer en l’homme, comme auparavant, un changement intérieur. Parvenu à ce point, il aura acquis la fermeté et demeurera lui-même au milieu des tempêtes auxquelles la vie pourra l’exposer.

Telle est la perspective ouverte à qui étudie la science ésotérique. Mais pour parvenir à l’état qui vient d’être décrit, il faut se débarrasser dès le début de toute illusion vis-à-vis de soi-même, si chère soit-elle; car une illusion de cette nature, tolérée au départ, grandira en cours de route; des souffrances et des efforts supplémentaires pour s’en défaire seront ensuite nécessaires.

Tant que l’homme n’est pas parvenu à la soudure, sa vie constitue, en fait, une existence factice, puisque lui-même change à tout instant. Et comme ces changements se produisent sous l’effet de chocs extérieurs qu’il ne peut presque jamais prévoir, il lui est également impossible d’apprécier d’avance ses propres changements intérieurs.

(…)

Ceci étant, on peut se demander comment définir ces changements intérieurs ? Qu’est-ce qui change ?

L’homme, parlant de lui-même, dit : Moi. C’est le terme peut-être le plus énigmatique et le moins défini dans le langage humain. En effet, parlant de son corps, l’homme le traite en tierce personne, ce qui est juste. Or, parlant de son Ame, il la traite également en tierce personne. Il affirme par là qu’il n’est ni son corps ni son Ame. Quoique cela puisse paraître à première vue paradoxal, telle est bien la règle pour l’immense majorité des êtres humains. Mais si l’homme n’est ni corps ni Ame, qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que son Moi qu’il sent en lui et auquel il s’efforce de communiquer ne serait-ce qu’une apparence de continuité logique ?

Ce sont justement les parcelles de limaille dont la position relative change tout le temps qui, dans leur ensemble, représentent en nous notre Moi. Ce Moi n’est pas constant, il prend une multitude d’aspects différents, mais c’est quand même le Moi, avec lequel l’homme, tel qu’il est né sur Terre, évolue dans la vie.

Ce Moi non seulement n’est ni constant ni permanent, mais encore il est multiple, étant donné que chacun des trois hommes coexistant en l’homme, et dont nous avons parlé plus haut, est également un sujet composite. De sorte que notre Moi est en fait l’ensemble d’une multitude de petits moi, relativement autonomes, dont chacun à tendance à agir à sa façon. Telle est la nature de notre Moi, légion selon l’Evangile.»

Samael Aun Weor

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Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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