La pratique des sensas

Méditation Chan sur les Hexagrammes

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Note : Durant la pratique du xüe wu, et contrairement à ce qui se passe pour l’exercice « des sensas » par exemple, il convient d’utiliser le pronom personnel ‘JE’. Ce qui est interrogé, ce n’est pas l’émergence de la Conscience universelle, mais bien le « pseudo-moi ».

1. Peut-être avez-vous souhaité avoir des enfants ? Si oui, examinez les raisons de ce souhait dans leur totalité. Sinon, examinez aussi vos raisons.
Nous disions précédemment que bien que dérivant des kouas du Yi-King, la parenté des jian-yi avec ceux-ci n’était pas toujours évidente. Ce n’est pas le cas ici car le premier hexagramme du Yi-King, Kien, évoque précisément le Créateur (Le père ou le Ciel qui engendre et fertilise Kouen, le Réceptif, la Mère, la Terre) et le jian-yi N° 1 se rapporte au souhait d’avoir (ou de ne pas avoir) de descendance.
La question se pose ainsi : ai-je souhaité avoir des enfants ? Oui ? En ce cas, pourquoi ? N’ai-je pas, plus ou moins consciemment, estimé qu’ils réussiraient peut-être mieux que moi dans l’existence et ne me suis-je pas ainsi donné, par enfants interposés, une chance de plus ? Bien des perspectives sont ouvertes.
Il convient donc de vérifier si quelque motif de convenance personnelle n’est pas à l’origine de ce souhait. La recherche d’affection peut-être ? Quelle part faire à ce que l’on nomme altruisme et égoïsme dans cette recherche ?—Qui a souhaité ne pas avoir d’enfant peut avoir été mû par l’idée, respectable certes, que tout être humain est assuré de souffrir mais non d’être heureux. Mais une telle attitude ne masque-t-elle pas une fuite en avant devant les responsabilités ?—Enfin, il se trouve que bien des gens seront tout à fait incapables de se donner à eux-mêmes les raisons pour lesquelles ils ont désiré avoir des enfants.
La plupart de ces derniers penseront : parce qu’il naturel d’avoir des enfants, sans songer que l’homme est précisément la seule créature chez laquelle il est « naturel de composer avec la nature » —autrement dit : de réfléchir avant d’agir, même si cette réflexion est dictée par le conditionnement. Qui a eu des enfants parce que « c’est naturel » a agi par conformisme, ce qui constitue une faute relevant du manque de vigilance : qui a des enfants « parce qu’il doit en être ainsi » dit un axiome ne vit pas mais « est vécu ».

2. Sans égoïsme, vous vous êtes inquiété, attristé pour autrui. Vous vous êtes mis à sa place, vu à sa place, vous étiez, sur le moment cette autre personne.

A supposer qu’il n’y ait eu pour vous aucune possibilité d’éprouver le même type de souffrance que la personne que vous plaigniez, êtes-vous vraiment sûr(e) que vous auriez éprouvé pour elle, autant de pitié ? En d’autres termes: avez-vous la certitude que ce n’était pas vous que vous plaigniez en la personne d’autrui ?

3. Avez-vous eu peur de l’avenir ? Si oui, vous avez, à coup sur, pris des précautions en fonction de ce que vous ont enseigné vos expériences passées. Souvenez-vous des heureux résultats de ces précautions.

Ici, le commentaire est à peu près inutile: et le péché évoqué est Chinois plus que Tibétain: avez-vous vraiment tiré de vos expériences passées la leçon qu’elles portaient en elles ?

4. Vous avez donné de bons conseils. Ce faisant vous étiez quelqu’un d’important. Et d’une telle bonté !

Vous l’avez certainement remarqué: une personne qui prend plaisir à donner des conseils, se donne, à elle-même, de l’importance. Le sage, dit un proverbe, ne donne de conseils que si on les lui demande avec insistance, sauf, bien entendu, s’ils se rapportent à sa spécialité. Il vous est donc demandé si, hors de votre domaine professionnel, il vous est arrivé de « traiter des adultes comme des enfants en bas-âge » (bonté-domination). Dans l’affirmative (dirait un psychanalyste à bon marché) vous avez « compensé un complexe d’infériorité ».
En d’autres termes, votre « bonté » était le produit de votre faiblesse.

5. Tous s’affolaient, sauf vous. L’incapacité d’agir, dictée par le désarroi n’était pour rien dans votre attitude. Peut-être, par la suite, l’avez vous fait remarquer ?

Que la crainte ou n’importe quelle manifestation de l’émotivité paralyse momentanément un être humain est évidemment regrettable. Mais il est bien plus regrettable encore que, par la suite l’intéressé cache sa défaillance sous l’apparence de la force. Car non seulement il fausse le jugement d’autrui—ce qui peut avoir des conséquences néfastes—mais aussi, ce qui est bien plus grave, n’étant que trop enclin à se leurrer lui-même, il finit par croire en la véracité de ces propos. Et qui commence à se mentir à soi-même continuera à se comporter ainsi jusqu’à n’avoir plus aucune idée de ce qu’ il est vraiment.

6. Esprit juste, mais caractère vif, vous vous êtes laissé entraîner dans des querelles. Mais vous aviez toujours, de votre point de vue du moment, entièrement raison. Ou presque entièrement. Souvenez-vous.

Ici, aucun commentaire n’est vraiment nécessaire: qui n’a pas constaté, après n’importe quelle altercation, que toutes ses « bonnes raisons » comportaient quelles failles ?

7. Vous avez commis des actes que la malveillance pourrait qualifier de cruels. En fait, vos actes étaient justifiés. Vous avez pensé cela. Vous le pensez encore ?

Ce jian-yi sera, pour beaucoup de personnes, le plus difficile à mettre en rapport avec un acte passé (je ne suis pas cruel). Cependant, à la limite, ne vous est-il jamais arrivé de prendre plaisir à écraser un insecte qui vous importunait ? Disproportion du délit et du châtiment : il m’agace—il est tué. Pour certains monarques absolus, un sujet n’est qu’un insecte. Qui n’a jamais rêvé être un monarque absolu ? Vous n’avez jamais, dans un mouvement d’humeur, détruit une petite vie ? Bravo ! Et ne vous est-il jamais arrivé d’humilier quelqu’un avec quelque plaisir ? Non encore ? En ce cas essayer de vous imaginer dans un rôle cruel…

8. Serait-il possible que vous ayez calomnié autrui ? Non, vous avez émis des critiques constructives. Il n’est, pour en avoir la certitude, que de vous souvenir.

Etant donné ce qu’est la société humaine depuis ses origines, s’il ne vous est jamais arrivé de dire du mal de quelqu’un sans avoir l’absolu certitude que vos critiques étaient justifiées, toutes nos félicitations: vous êtes LA personne que le monde attendait. Ou votre mémoire est défaillante.

9. Celui (ou celle) qui avait, jusque là, paru vous mépriser, vous a distingué entre tous. Vous avez éprouvé une reconnaissance dénuée de bassesse.

Peut-être vous faudra-t-il remonter jusqu’à votre enfance pour retrouver ce souvenir. Si, durant votre prime jeunesse (et peut-être aussi à l’âge adulte) il ne vous est pas arrivé de ressentir un mélange « canin » de joie et de flagornerie dans la circonstance évoquée, ce serait vraiment étonnant.

10. Vous avez manifesté à l’égard d’autrui et alors que vous vous trouviez en position dominante, une bonté dépourvue de toute affectation de supériorité.

Souvenez-vous de vos pensées ET DE VOS SENSATIONS d’alors. La sensation euphorique éprouvée dans un cas semblable, est rarement « pure ». Elle peut aller, sans pour autant devenir pathologique, jusqu’au sadisme léger.

11. On vous a humilié. Tout à fait gratuitement. A votre avis actuel ?

L’enfant mis à part, il est rarissime qu’un humain soit mis dans une position humiliante sans qu’il y ait de sa faute. Cela peut se produire, certes. Si, dans votre mémoire, se manifeste le souvenir d’un incident au cours duquel vous avez subi une humiliation gratuite, réfléchissez bien et vous verrez que cette gratuité ne résiste pas forcément à un examen plus poussé.

12. Vous alliez vous mettre en colère, a-t-on pensé, vous avez gardé votre sang-froid et le sourire. A l’intérieur ? Calme aussi, paix et mansuétude.

Il n’y a pas pire qu’une colère refoulée, si ce n’est le refoulement du souvenir d’une colère refoulée.

13. Appartenant à l’ espèce humaine, vous n’ êtes pas, bien sûr, d’une innocence totale. Pourtant (mais voyons!) il y a en vous moins de vilenie qu’en la plupart des humains. D’où peut-être une certaine méfiance à priori vis-à-vis des « autres » si peu fraternels ?

Tous les humains sont le produit de leur conditionnement : hérédité, éducation, milieu. A supposer que vous soyez effectivement « meilleur(e) » qu’un autre, vous n’y serez à peu près pour rien : une légère modification de vos gènes aurait fait de vous quelqu’un de très différent. Votre mérite est donc nul. Et, de toute façon, les gens que vous tenez pour « mauvais » vous rendent la pareille. Qui a raison ? Vous, bien sûr—mais d’un point de vue strictement subjectif.

14. Comme l’air et à peine moins, l’argent est nécessaire dans la société des hommes. Il vous est arrivé de craindre le manque d’argent (vous méprisez peut-être la richesse, mais nécessité fait loi). Vos craintes ont fait naître en vous la sagesse.
Vous n’avez donc plus à redouter le manque d’ argent grâce aux précautions prises ?

Nous n’avons maintenu ce jian-yi qu’après mûre réflexion. En effet, pour un Occidental, il fait double emploi avec la 3ème proposition. Mais pour un Chinois et, dans une moindre mesure, pour un Tibétain, la conduite de la vie et l’utilisation de l’argent constituent des domaines différents. Réfléchir à un concept s’écartant de la norme locale est toujours bon.

15. Peut-être vous est-il arrivé de dire plus de bien qu’il n’y en avait vraiment à dire ? Ou peut-être avez vous laissé entendre qu’il convenait de penser beaucoup de bien de vous ? Vos paroles ont été perdues, égoïstes, « les gens » se soucient peu de ce qu’est ou n’est pas un autre qu’eux mêmes. Mais vous, jusqu’à quel point avez vous cru vos propres paroles ?

La vantardise est, évidement, un signe net de faiblesse puisque le vantard fait dépendre la valeur qu’il accorde de l’opinion d’autrui. Mais ce 15ème jian-yi va plus loin: vous est-il arrivé de vous sentir intimidé devant autrui, que vous ayez ou non tenté de dissimuler cette timidité sous des fanfaronnades ? Car, sur un certain plan, la timidité se révèle une vantardise « qui n’ose pas ». Autrement dit, le timide s’ imagine que les gens lui prête un intérêt (malveillant) dont ils sont bien incapables. Dans la pratique, le timide est un vantard en puissance, un individu qui se croit important aux yeux d’autrui (ce que l’on est bien rarement) mais qui est trop émotif pour prononcer avec autorité des paroles d’auto-louanges. Il va de soi que l’on peut être tantôt timide et tantôt vantard, selon les circonstances, l’humeur, l’état nerveux. Etant entendu que « les autres » ne consacreront, sauf rarissime exception, que fort peu de leur précieux temps à vous juger favorablement ou défavorablement. Chercher, dans votre passé, des incidents en rapport avec ces deux attitudes.
Cette affirmation—que les humains ne portent pas, même malignement, grand intérêt aux actes et aux paroles d’autrui— vous semblera vraisemblablement erronée. Pourtant, l’humain malveillant—et tous le sont à un moment ou à un autre— se comporte « comme un oiseau ». Il « pique » au passage l’acte ou la parole ridicule, la ou le digère et oublie aussitôt.
Il en est de même des paroles d’auto-louanges: elles sont « piquées » (entendues) digérées dans la jalousie et l’envie, puis oubliées, ensevelies sous le monceau des chers petits problèmes personnels aussitôt revenus.

16. Prendre des risques inutiles est fou. N’est-il pas normal, dans ces conditions, que vous ayez parfois tenté de faire justice — la malveillance dirait : de nuire sans risque ?

Que vous n’ayez pas FAIT ce qu’insinue le jian-yi, soit. Mais n’en avez-vous pas eu la tentation ?

17. Sans doute, dans le passé, avez-vous pris de bonnes résolutions. Pouvez-vous vous souvenir de quelques-unes, tenues ou non.

Ce jian yi vous aide à comprendre la multiplicité des moi. Certains ne sont jamais venus au jour annihilés en même temps que le projet qui les aurait fait naître.

18. L’être humain n’est que tard dans la Voie, maître de ses pensées. En auriez-vous eu qui, caressées longuement, vous auraient, par la suite, semblé écoeurantes.

Tout commentaire est inutile.

19. Mû par le salutaire désir de rendre service à autrui, vous avez détruit ses convictions (ou illusions). Ce disant, vous n’avez pas éprouvé « l’âpre plaisir » dont parlent les Anciens. En ce cas, bravo !

Qui aide autrui se sent (ou se croit) supérieur à autrui.

20. Il est bon, dit le Sage, disciple de Kong Tseu, de se fixer un modèle idéal. Vous vous êtes fixé un modèle…ou dix ?

Même commentaire qu’en 17.

21.Que de projets abandonnés par vous ! Il est sage d’abandonner un projet fou. Mais « fou » ne se prononce-t-il pas, quelquefois « difficile » ou « pénible » ?

Commentaire inutile.

22. Il y a l’apparence de la chose et la chose et elle-même. La lettre et l’esprit. Cela s’applique à tout : la pudeur, l’honnêteté. Avez-vous le souvenir de confusion possible ?

Se retrancher derrière « la Loi » quelle qu’elle soit, est un des meilleurs moyens connus de refouler un sentiment de culpabilité.

23. Dans son char, le dément écrase le passant et dit : il n’a pas souffert. Quant à sa postérité elle est à naître. L’homme détaché est au-delà de SON « mal » ou de son « bien » mais non au-delà du bien et du mal d’autrui selon les conceptions d’autrui. Respectant le passé, et préparant par cela même l’avenir. N’auriez-vous pas quelques souvenance personnelle d’une certaine légèreté d’actes ou d’intention vis-à-vis de cet autrui à venir qu’est la postérité ?

A des Français on peut dire : n’avez-vous jamais pensé (comme le fit dit-on un de vos rois) « après moi le déluge » ? Sans songer que ce déluge noiera des êtres vivants ?

24. L’âge sclérose. Bien des personnes âgées vous ont paru, à juste titre, peu compréhensives à l’égard de l’être jeune que vous étiez. Que pensez-vous de l’attitude de la génération nouvelle vis-à-vis de vos contemporains ?

Bien entendu ce jian yi ne vous concerne que si vous avez au moins atteint la trentaine.

25. Vous avez dit du bien d’autrui sans penser toujours exactement ce que vous disiez. La politesse est une belle vertu. Et si rare !

Le fossé entre politesse et hypocrisie intéressée est fort étroit et vite comblé …

26. Cela arrive à tous : vous vous êtes trouvé en position d’infériorité devant autrui. Qu’avez-vous, alors, pensé de cet autrui ? Et qu’avez-vous ressenti ?

Qui se sent inférieur ne peut que détester, bien entendu. Qui déteste et surtout qui hait voit son métabolisme subir un traumatisme qui perdure très longtemps. Parfois jusqu’à la mort.

27. Il a dû vous arriver —cherchez bien— de dépendre, pour votre subsistance, d’une ou de plusieurs personnes autres que vous-même. Vous avez éprouvé un vif sentiment de reconnaissance ? Rien d’autre ?

Qui dépend d’autrui se sent inférieur à autrui.

28. Il est humain d’éprouver des « sentiments excessifs ». Mais le mot « sentiments » suffit-il ? Le corps ne participe t-il pas à tout ce qui passe la mesure ?

Etre la proie (c’est le mot !) de sentiments excessifs provoque une perturbation organique dont les traces subsistent—même s’il s’agit de sentiments « positifs ». Il n’est pas « mal » d’éprouver ces sentiments. Mais il est « bien » de savoir qu’après les avoir éprouvés votre « moi » ne sera plus tout à fait ce qu’il était avant.

29. Un peu de prudence est vertu. Vous est-il arrivé de pratiquer une immense vertu ?

Il n’est pas « mal » non plus d’avoir peur. Mais il n’est pas « bien » de maquiller sa peur et de lui donner, vis-à-vis soi-meme, I’apparence d’une sage prudence.

30. Beaucoup de courage est aussi vertu. Si ce courage est raisonné. Souvenez-vous de vos actes de courage. Et détachez-en ce qui n’était pas raison. Ni courage.

N’importe quel individu ayant, au cours de sa vie, donné maint exemple de grand courage le reconnait volontiers : neuf fois sur dix la manifestation du courage dépend de la cessation de tout raisonnement suivi. Cela n’est pas « mal ». Mais savoir cela lorsque l’on a soi-même accompli des actes de courage est « bien ».

31. Une bonne pensée sexuelle met d’accord le corps et l’esprit. Avez-vous le souvenir de pensées—ou d’actes—avec accord imparfait ?

Commentaire inutile

32. « Le temps est la plus précieuse des denrées ». En vertu de cet adage vous avez parfois été excédé par la lenteur d’autrui ou parce qu’un événement tardait à se produire. Votre ardeur a fait que tout a été plus vite et de façon particulièrement satisfaisante … Cela s’est certainement toujours passé ainsi ?

Il est tout à fait exceptionnel que les événements s’enchaînent au gré du désir d’un seul et même individu. Mille détails demeurent (dans les circonstances les plus simples) hors de la connaissance des intéressés. L’homme patient, a beaucoup plus de chance d’obtenir les résultats souhaités ou même d’autres, préférables, que cet excité perpétuel dit « homme dynamique ».

33. Vous avez abandonné une discussion parce qu’elle était stérile parce que la parole de bon sens ne convainc pas, par dignité. Mais non parce que vous aviez « perdu la face » ou craigniez de la perdre.

34. Vous avez volontairement appuyé sur une dent qui vous faisait mal. Ceci doit être pris au sens figuré (shi tû: c’est une image). Souvenez-vous.

35. Vous avez aidé autrui. Le résultat (de votre acte) a été bon. Et la suite de ce résultat ?

36. Vous avez, à plusieurs reprises, souffert physiquement. Dans les moments de rémission de la douleur, vous est-il arrivé de penser, de différentes façons, aux autres, qui ne souffraient pas—eux !

37. Il vous est arrivé devant des étrangers, de défendre vos proches, parents et amis. Parce que, bien entendu, vous les aimez — qu’ils aient raison ou tort— et nullement parce que ce faisant, vous vous défendiez un peu vous-même.

38. Le nombre, c’est la médiocrité, la majorité c’est la sottise. Vous vous êtes trouvé en désaccord avec des représentants de la « masse » et vous avez défendu une opinion bien personnelle. Quelle a été, par la suite, la stabilité de cette opinion (en vous) ?

39. Mais il arrive malgré tout que l’élite influence la « masse » et que, parfois, l’homme du commun s’exprime comme le sage « car la perle peut reposer au fond de l’auge ». Vous est-il arrivé d’accepter une vérité commune sans l’expérimenter personnellement. Avez-vous « poussé le cri du loup avec la horde ? ». Vous est-il arrivé, en un mot, de faire votre une opinion ne reposant sur aucune expérience personnelle ?

40. A votre avis, un être humain peut-il appartenir à un autre ? Avez-vous, sur ce point, expérimenté personnellement ? Dans un sens ou dans l’autre ?

41. La plupart des humains regrettent le « temps qui passe », la fuite de leur jeunesse, la venue de la vieillesse et de la mort. Ne serait-ce pas qu’ils pensent —ou sentent—que ce « temps qui passe » a été mal employé par eux ?

42. Si vous pouviez recommencer votre existence en conservant le souvenir de vos expériences passées, vous éviteriez toutes les erreurs commises. Donc, tout irait mieux ?

43. Et, retrouvant l’instant présent, vous ne connaîtriez plus aucune crainte, aucune angoisse pour l’avenir…

44. Ne vous est-il jamais arrivé, exceptionnellement, de prendre le parti du fort contre le faible ? Le second avait tort qu’y faire ? Pouvez-vous retrouver, dans votre mémoire, quelque circonstance exceptionnelle de ce genre ?

45. Il vous est arrivé, par erreur due à une information insuffisante, d’émettre sur autrui des jugements sévères et erronés. Mais autrui a agi de même à votre égard, par légèreté coupable. Vous souvenez-vous de ceci ? Et de cela ?

46. Vous avez toujours vu le succès d’autrui sans éprouver la moindre jalousie. Au contraire…

47. Ne serait-il pas possible que, quelque jour, des gens malveillants aient insinué que vous avez laissé vos responsabilités à autrui ?…

48. Vous avez évité les générosités déplacées qui, dans certains cas, engendrent la paresse. Ce sont là des souvenirs que l’on évoque avec satisfaction.

49. Si, au cours d’une discussion, vous avez été en désaccord avec votre interlocuteur c’était parce que, objectivement, ses argument étaient indéfendables. Et nullement parce que l’un et l’autre soutenaient deux points de vue subjectifs, basés sur des systèmes de valeurs différents.

50. Vous avez montré de la générosité. L’idée que votre geste vous donnait de l’importance n’était pour rien dans votre attitude.

51. Vous avez agi pour le bien d’autrui, heureux et fier, la conscience sereine. Si, par la suite, autrui a pati ou cru patir de votre action, n’est-il pas un égoïste geignard ?

52. Peut-étre n’avez vous jamais tué personne ? Peut-étre n’êtes vous pas de ceux qui tuent même en pensée. Car si la haine avait été, en vous, forte à ce point-là, vous vous souviendriez. Vous souviendriez-vous ?

53. La fidélité est, en tout domaine, une belle vertu. Fidélité en amitié, en amour; fidélité surtout, à soi-même. Belle vertu à laquelle vous n’auriez su manquer, en pensée ou actes.

54. « La main qui guide doit étre ferme ». ll est bien évident que, s’il vous est arrivé d’être plus dur pour vos proches que pour l’étranger, c’était dans un but éducatif, nullement par lâcheté.

55. Il est humain de mépriser ce qui est méprisable, de rire de ce qui est ridicule. Mais pourquoi des têtes creuses vous ont-elles moqué ? N’auraient-elles rien d’humain ?

56. La vie est un voyage. Y aurait-il des étapes longues, brèves, ou très brèves, dans votre voyage que vous ne voudriez faire connaître d’autrui à aucun prix ?

57. Tout lui réussissait et tout a mal fini. Vous n’avez certes pas ressenti aucune joie à son échec final. Et pour autre, il en était de même n’est-ce pas ?

58. Tout sentiment est valable en son temps. Vous, souvenez-vous de gens qui manifestaient une gaieté odieuse dans des circonstances tristes— pour vous ?

59. Lorsque vous évoquez l’image que vous essayez de montrer à autrui, êtes bien sûr de montrer l’image que vous voyez vous-même ? Et cette image n’est-elle pas, elle-même, en train de perdre la netteté de son contour ?

60. Un petit filet ne peut retenir un gros poisson ». Ne vous est-il pas arrivé, d’aventure, de promettre plus que vous ne pouviez tenir ?

61. Par bonté, par politesse, l’être humain est parfois obligé de mentir à autrui. Et à lui-même ?

62. N’avez-vous pas remarqué que, d’un certain point de vue, votre intérêt est plus important que celui de la collectivité ?

63. La mort et le soleil ne se regardent pas en face. Mais comment pourrait-on regarder la mort, simple absence ?

64. N’avez-vous jamais eu l’impression que votre destin, c’est vous même ? Et que tout est bien ainsi ?

N’avez-vous jamais eu l’impression que votre destin, c’est vous même ? Et n’avez-vous jamais eu l’impression qu’il est bien qu’il en soit ainsi ?
Ce dernier jian yi correspond au dernier « koua » du Yi-King, 64 Wei tsi, « avant l’accomplissement ». Comme vous l’avez déjà compris, il condense, en quelque sorte, L’ensemble des implications du xue wu Sa signification est : tout ce qui a été, est, sera, est l’expression de la nécessité. Qui a compris cela, ipso facto, compris que le « devenir » est un vain fantôme, que du simple fait « d’accepter ce qui est et doit être », le samsara, l’illusion, se dissipe, que ses traits vagues se fondent et qu’apparaît, en lieu et place, le nirvana, le réel. Selon un poète taoïste : l’homme voit alors que le désordre apparent est, en fait, l’ordre réel et que, de toute éternité, l’homme a été d’accord avec la nécessité de cet ordre…

Un dernier conseil : assurez-vous du fait que vous ne risquerez pas être dérangé lorsque vous pratiquez le xüe wu.

Arts martiaux

Le Yiking
Livre des Transformations

A propos Sol

Hissons haut les Coeurs Heureux y sont les Sensibles Malheureux y sont les Résistants Intolérés y sont les Tolérants
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